5 – 7.10.12
Vendredi
Après le petit-déjeuner, je passe une petite heure sur le balcon de ma chambre pour profiter une dernière fois de la vue panoramique. Un peu avant 11h, je quitte l’hôtel et prends un taxi pour la gare. Comme la chauffeuse est adorable, la course me coûte exceptionnellement 11 dollars.
Le train de 11h22 est en réalité le service retour du train qui m’a amené à Katoomba trois jours plus tôt. Alors que le train entre en gare en provenance de Sydney à 11h09 précises, un monsieur me demande “where is this train hitting?”. L’anglais d’Australie ressemble beaucoup à l’anglais de Grande-Bretagne (notamment par le fait qu’on y utilise une orthographe civilisée : theatre et non theater, realise et non realize, humour et non humor, et pas de simplification phonétique monstrueuse comme thru — pour through —, contrairement aux Américains), mais il a quelques particularités amusantes : outre le g’day (bonjour) mondialement célèbre, on note par exemple une utilisation particulièrement généreuse de l’adjectif keen (qui indique l’état d’avoir envie).
Je suis au bord de la panique quand, quelques instants avant le départ du train, un monsieur toque frénétiquement à la fenêtre pour me demander (avec les mains) dans quel sens part le train. Comme si je le savais ! (Je ressens la même impression lorsque je lis dans les gares anglaises : “la première classe sera en tête de train” ; d’accord, mais où est la tête du train ? Attend-on des passagers qu’ils aient un sens inné de l’orientation ?) Je réussis à me concentrer suffisamment pour me souvenir d’où est arrivé le train… Comme il fait demi-tour, j’indique la même direction au monsieur, qui monte aussitôt. Je ressens un profond soulagement lorsque le train part bien dans la direction que j’ai indiquée.
Le train se remplit tellement qu’il y a pas mal de passagers debout dans la dernière demi-heure. Nous arrivons à la gare de Central, d’où je prends un train sur la boucle dénommée “City Circle” afin de me rendre à la station Circular Quay. Je découvre avec une certaine surprise que quay se prononce [kee] alors que j’ai toujours imaginé quelque chose comme [kwey] (une prononciation attestée par le dictionnaire, mais parmi les variantes).
La gare de Circular Quay, aérienne, est dotée d’une vue panoramique magnifique sur le port, avec notamment en ligne de mire le Harbour Bridge et l’Opéra, les deux pièces maîtresses architecturales de la ville. Je reste quelques instants pour admirer la vue tandis que les autres passagers vaquent, blasés.
Je n’ai pas beaucoup à marcher pour rejoindre l’hôtel Intercontinental, où je vais passer ma première nuit. J’ai réservé une chambre avec vue sur l’Opéra ; on me surclasse dans une belle suite d’angle au 26ème étage, d’où la vue sur l’Opéra et sur le Harbour Bridge est saisissante. Le bureau est placé de manière stratégique, si bien que l’on peut travailler tout en profitant de la vue. Je resterais bien là tout l’après-midi.
Je me décide quand même à aller explorer le Club, installé au dernier étage de l’hôtel — on va jusqu’au 31e étage par l’ascenseur, puis on monte un étage par un escalier, donc ça le met au 32e étage. Il est gigantesque et les murs sont en verre du sol au plafond, sur deux côtés de l’immeuble (en contraste avec les chambres, dotées de petites fenêtres qui trahissent l’âge du bâtiment). Autant dire que la vue panoramique est à couper le souffle. Le Club de l’Intercontinental de Hong-Kong s’est trouvé un rival de taille.
Comme une petite terrasse est aménagée à l’extérieur, je continue à jouer avec la fonction panorama de l’iPhone, qui est décidément merveilleuse.

Après avoir dégusté un long black, je pars à la découverte du centre-ville de Sydney, ou plus précisément du Central Business District, abrégé localement en “CBD”. Les rues sont propres et agréables : on retrouve cette atmosphère des villes où des gratte-ciel modernes ont été construits à proximité d’immeubles plus anciens sans que cela ne crée de déséquilibre. Au contraire, l’urbanisme est bien pensé et la ville semble éminemment humaine.
Je me rends à l’Apple Store, au coin de George Street et de King Street, une zone où abondent les boutiques haut de gamme. J’ai en effet mystérieusement oublié le chargeur de mon MacBook Air à Paris. Je suis perturbé parce que le design du connecteur a changé, mais le vendeur est “à peu près” sûr que c’est le bon (il a raison).
Je fais un petit détour par les environs de l’Opéra, où je ne mets pas longtemps à être fasciné par les lignes géniales du bâtiment, même si la couleur jaunâtre des toits n’est pas toujours flatteuse.
De retour à l’Intercontinental, il est temps de retourner au Club pour le service d’apéritif, organisé de 17h à 19h. Il y a un monde fou, mais je m’installe dans un coin avec mon iPad et je profite de l’abondance de petites choses délicieuses à grignoter en sirotant des gin tonic. La ville s’éclaire au fur et à mesure que la nuit tombe (mais pas tant que ça ; la plupart des éclairages sont assez discrets, notamment celui de l’Opéra). Comme le Club est lui aussi très peu éclairé, le changement d’atmosphère est saisissant.
J’ai largement assez mangé. Je retourne dans ma chambre et me couche tôt.
Samedi
Retour au Club pour le petit-déjeuner, copieux et délicieux. Comme j’ai indiqué à la serveuse que je buvais beaucoup de café au petit-déjeuner, elle revient remplir ma tasse avec une cafetière chaque fois qu’elle est vide. Service topissime.
Il ne fait pas très beau et la brume qui enveloppe le Harbour Bridge met du temps à se dissiper. Il pleut par intermittence, si bien que je reste dans ma chambre une bonne partie de la matinée. Je ne la quitte que pour aller faire l’acquisition la plus rentable de mon séjour, une carte de transports en commun appelée “MyMulti 1” qui, pour 43 dollars, donne accès pendant une semaine à l’ensemble des bus, des ferries, des tramways et aux trains jusqu’à une certaine distance de Sydney.
Vers 14h, je quitte l’Intercontinental et prends un taxi (dix dollars) pour rejoindre l’hôtel où j’ai prévu de passer les sept nuits suivantes : le Blue Sydney, qui est géré par la chaîne Taj et qui est affilié aux Leading Hotels of the World. L’hôtel est installé à Woolloomooloo, pas si loin de l’Intercontinental à vol d’oiseau, dans une jetée de plus de 400 mètres de long.
Le Finger Wharf, puisque c’est son nom, a été construit en 1915. Ce serait le plus long bâtiment sur pilotis du monde. Il a servi de docks pour le commerce maritime, de lieu d’arrivée pour les immigrants et de base de départ pour les forces militaires. Il était voué à la démolition mais a été sauvé par une forte mobilisation populaire au début des années 1990. Il a finalement été transformé en un impressionnant complexe comprenant un hôtel haut de gamme (ouvert à l’origine sous l’enseigne W de Starwood, que j’ai tendance à fuir), de multiples restaurants, des appartements de standing… ainsi que des résidences de grand luxe dans une extension du bâtiment. Il paraît que l’acteur Russell Crowe fait partie des résidents.
Je m’installe dans une confortable chambre en duplex avec vue sur la marina qui longe la jetée. J’aurais préféré être un peu plus loin dans le bâtiment, mais je m’en remettrai. Comme il ne fait pas très beau, je paresse un peu dans ma chambre et, vers 18h, je me mets en route vers l’Opéra, car j’ai acheté une place pour une représentation de Lucia di Lammermoor.
Ce serait vraiment très simple d’aller à l’Opéra depuis Woolloomooloo si l’on pouvait suivre le sentier littoral. Mais voilà, une portion du sentier appartient aux Royal Botanical Gardens, qui ferment en fin d’après-midi — franchement, c’est ridicule. Du coup, il faut contourner le jardin, qui est immense… et, surtout, franchir la “colline” qui sépare Woolloomooloo du CBD, alors que le sentier littoral est beaucoup moins escarpé.
Arrivé à proximité de l’Opéra, je suis un peu effrayé par l’agitation qui règne dans les restaurants voisins. L’Opéra lui-même est plus calme ; il est en travaux pour plusieurs années, ce qui rend la circulation un peu compliquée, mais on s’y retrouve. Je retire mon billet et me rend dans le foyer de la salle d’opéra, qui me file le cafard tellement l’ambiance y est crépusculaire : essaie-t-on d’économiser l’énergie en réduisant l’éclairage au minimum vital ? Ou cherche-t-on à cacher le vieillissement du squelette du bâtiment ? Heureusement que le wifi est gratuit.
Représentation très correcte devant une salle à moitié vide : le compte rendu se trouve sur mon blog principal. Je rentre à l’hôtel en taxi (dix dollars) car il pleut. Je ne dîne pas car j’ai mangé un club sandwich dégueulasse à l’Opéra avant la représentation et cela me suffit bien.
Dimanche
Premier petit-déjeuner à l’hôtel Blue Sydney. Il est servi dans ce qui ne peut être décrit que comme la nef de la jetée, la spectaculaire circulation intérieure qui dessert la totalité du bâtiment d’un bout à l’autre, sur toute sa hauteur. La pièce maîtresse de la décoration est le Waterbar, le bar de l’hôtel (où l’on ne sert pas que de l’eau, contrairement à ce que le nom pourrait laisser entendre) ; une petite salle de restauration, qui ne sert qu’au petit-déjeuner, y est adjointe.
J’ai acheté un billet pour la matinée de la comédie musicale Legally Blonde, la seule comédie musicale que je pourrai voir durant mon séjour à Sydney (une production de Myths and Hymns a été annulée et je manque, à quelques jours près, une production de Sunday in the Park With George dans une école d’art dramatique locale).
Le Lyric Theatre, où le spectacle a lieu, se trouve à Pyrmont, de l’autre côté du CBD par rapport à Woolloomooloo, dans une zone autrefois largement liée à l’activité portuaire de Sydney, où se trouvaient docks, entrepôts et chantiers navals. Aujourd’hui, au terme d’un remarquable travail d’urbanisme, Pyrmont accueille un mélange très réussi de logements et de commerces… ainsi que le musée de la marine, devant lequel sont ancrés plusieurs navires, dont un magnifique trois-mâts et un imposant bâtiment militaire.
C’est bien sûr par le ferry qu’il faut se rendre à Pyrmont. Comme Woolloomooloo n’est mystérieusement pas desservi par une ligne régulière de ferry, je prends d’abord le bus 311, qui passe devant mon hôtel afin de rejoindre Circular Quay, où se trouve le terminal des ferries. Certains ferries, peints en vert et crème, rappellent étonnamment ceux de Hong-Kong.
L’expérience est un véritable régal pour les yeux, d’autant qu’il fait un temps magnifique : les points de vue sublimes se multiplient sur le CBD, le Harbour Bridge, l’Opéra… ainsi que sur le gigantesque paquebot de croisière de la P&O amarré au terminal de Darling Harbour. En plus, il y a le wifi à bord, et il est gratuit.
Je trouve le Lyric Theatre sans difficulté. Il est logé dans un centre commercial moderne, The Star. J’ai le temps de jeter un coup d’œil au “food court” (la zone de restauration rapide) du centre commercial avant le début de la représentation : tout est très appétissant.
Le compte rendu de la représentation de Legally Blonde se trouve, comme d’habitude, sur mon blog principal.
En sortant du théâtre, j’ai envie de changer d’itinéraire. Un tramway (appelé ici light rail) dessert Pyrmont et rejoint la gare de Central en traversant le quartier pittoresque de Chinatown. La ligne de métro qui me permettrait de rejoindre Woolloomooloo étant en travaux, je prends une autre ligne en direction du CBD et reviens à pied jusqu’à mon hôtel.
J’ai prévu de dîner dans un restaurant italien dénommé Otto, qui fait partie du même groupe que le restaurant le plus couru de Sydney, Quay, où je n’ai pas réussi à obtenir de réservation (il faut dire que je m’y suis pris un peu tard). Je ne m’étais pas rendu compte, en faisant ma réservation chez Otto, que le restaurant se trouvait aussi dans le Finger Wharf de Woolloomooloo, donc à deux minutes de ma chambre d’hôtel, en marchant lentement.
Il y a quatre ou cinq restaurants le long de la jetée, tous du côté de la marina, avec vue sur la skyline du CBD (l’autre côté est réservé à la circulation automobile — oui, il y a des parkings pour les résidents — et donne sur une base militaire et/ou un chantier naval).
Un peu avant que je ne quitte ma chambre, un feu d’artifice est tiré en face de la jetée. C’est une bonne entrée en matière.
Je dois insister pour avoir une table à l’intérieur car j’ai eu un peu froid en fin d’après-midi et je n’aime pas beaucoup ces braseros que l’on utilise pour chauffer les terrasses. En apéritif, je me régale d’un spritz à l’Apérol, cet apéritif découvert récemment à Venise et que j’ai tellement aimé qu’il m’arrive de m’en faire chez moi le soir (on trouve l’Apérol chez Monoprix).
Je commence par des fettucine au lapin braisé, à la pancetta, aux olives et au thym : délicieux. Puis j’ai choisi l’un des plats du jour, un barramundi tout simplement grillé, dont j’ai demandé qu’on me lève les filets et avec lequel j’ai commandé des épinards sautés, excellents. J’accompagne le tout d’un verre de pinot noir de Nouvelle-Zélande et de San Pellegrino (de la vraie, pour la première fois).
Le dessert, à base de chocolats et de noisettes, n’est pas inoubliable. L’expresso, en revanche, est tellement bon que j’en commande aussitôt un deuxième.
En sortant du restaurant, je fais une petite promenade digestive en allant jusqu’au bout de la jetée et en regardant du coin de l’œil l’intérieur des appartements de standing, que je trouve sacrément attrayants. C’est ici que j’aimerais loger si je vivais à Sydney, cela ne fait pas de doute. C’est curieux, mais aucun quartier de Paris ou de sa périphérie ne me fait le même effet… alors que je trouve dans la plupart des villes que je visite des quartiers de rêve.
Après un tel repas, il n’est pas difficile de trouver le sommeil.
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