24.9.2010
J’avais initialement prévu de passer plusieurs jours à visiter l’Exposition Universelle de Shanghai, et c’est d’ailleurs pour cela que j’avais planifié ce voyage à l’origine. Mais les échos que j’ai lus entre temps sur le nombre de visiteurs et sur le temps d’attente devant les pavillons les plus courus m’en ont dissuadé.
Le concierge du Park Hyatt dispose bien d’une offre pour visiter l’Exposition en étant escorté en VIP, mais elle impliquerait de racheter un billet d’entrée (que j’ai déjà), un transfert aller-retour (que j’ai déjà)… et, surtout, elle ne s’intègre plus très bien dans mon emploi du temps.
J’ai donc décidé de n’aller passer que quelques heures à l’Exposition, histoire de voir un peu les principaux pavillons depuis l’extérieur. Les journaux du matin indiquent justement que le record d’affluence a été battu la veille, avec 631 000 visiteurs dans la même journée. Il est normalement prévu que le parc ferme ses portes à 600 000 visiteurs, mais les organisateurs, constatant qu’il n’y avait aucun engorgement visible, ont décidé de laisser rentrer les visiteurs excédentaires. (On attend au total 70 millions de visiteurs sur la durée de l’exposition.)
Il faut reconnaître que l’intendance est remarquable. Le parc est doté de plusieurs entrées toutes équipées de gigantesques zones d’attente parfaitement organisées et de parkings de bonne taille. L’une d’entre elles, l’entrée numéro 9, est située… à deux ou trois kilomètres du périmètre de l’Expo, au terminus d’une ligne de métro de trois stations spécifiquement dédiée à l’Exposition et dont les deux autres stations se trouvent à l’intérieur du périmètre de l’Expo. C’est par cette entrée que Chris m’a recommandé d’arriver et c’est donc là que mon chauffeur me dépose.
On est tout de suite frappé par l’organisation impeccable : files d’attente (vides à cette heure-ci car il est plus de 10h), contrôles de sécurité, accès au métro : tout est fluide, bien pensé… et manifestement calibré pour pouvoir gérer des foules énormes. La quantité de personnel est ahurissante.
J’ai décidé de commencer ma visite du côté de Pudong, où se trouvent les trois plus grandes zones de l’Exposition. En sortant du métro, je suis également frappé par la qualité de l’intendance : WC et distributeurs d’eau potable sont disponibles un peu partout, ainsi
que des bancs abrités du soleil par des parasols. Les panneaux de
signalisation géants sont présents à tous les coins de rues ; ils sont clairs et bien conçus.
Outre la ligne de métro spéciale, des bus et des ferries permettent aux
visiteurs de se déplacer à l’intérieur du périmètre de l’Expo. Rien
n’est laissé au hasard.
Je vais de pavillon en pavillon pour photographier les façades, dans une chaleur à nouveau un peu pénible — la température est remontée. Je suis dans la zone C, où se trouvent essentiellement les pavillons européens, africains et américains (le ”reste du monde”, quoi).
Tous les pavillons n’ont pas la même ambition architecturale : certains se contentent de peinturlurages thermocollés sur des façades de hangars, d’autres essaient des choses de plus grande envergure. La palme du pavillon le plus quelconque revient sans doute aux Nations Unies. Je veux bien que l’Onu ait d’autres priorités que d’allouer des fonds à la construction d’un pavillon dans une Exposition Universelle, mais à ce point, c’est assez pitoyable. Il y a bien sûr des pavillons “groupés” pour certaines zones ou pays qui ne peuvent ou veulent pas se payer des pavillons individuels (comme cette intéressante zone où l’on trouve côte à côte Malte, Chypre, San Marin et le Liechtenstein).
Parmi les pavillons “à forte ambition architecturale”, une tendance apparaît très vite : dans 95 % des cas, les architectes se sont contentés de coller un grillage, ou une dentelle, ou un treillage, ou un lacis, ou des moucharabiehs, ou même des branchages, devant une façade plus ou moins quelconque. Du Herzog & de Meuron sans le talent qui va avec. Il faut que les architectes se trouvent d’urgence une nouvelle marotte avant la prochaine Exposition Universelle. Heureusement il y a des approches plus traditionnelles mais aussi plus distinctives, comme celle de la Thaïlande, qui se contente de répliquer son architecture locale.
Une fois de plus, j’ai oublié de recharger la batterie de mon appareil photo… et je me rabats donc sur mon iPhone.
Je finis par me retrouver nez à nez avec le pavillon français. Le bâtiment ne paie pas de mine, d’autant qu’il est entouré par les plus belles réussites architecturale de l’exposition : le Royaume Uni, l’Espagne, dans une moindre mesure l’Allemagne et l’Italie… et même la Pologne et la Suisse. Le concepteur de ce bâtiment assez décevant est un monsieur Jacques Ferrier, dont la liste des réalisations soulève la question de savoir ce qui le qualifiait pour cette tâche.
Il y a deux heures de queue devant le pavillon français. À tout hasard, je tente ma chance à l’entrée VIP en montrant mon passeport français, et on me laisse entrer. La visite, qui me laisse initialement perplexe — le mot “indigent” est celui qui me vient initialement à l’esprit —, me rend progressivement assez furieux. L’intérieur du pavillon fait pitié : d’une part, il est mal paysagé ; d’autre part, l’exposition se réduit à une série de films (certes plutôt pas mal conçus, mais bon), à quelques œuvres extraites du Musée d’Orsay et à quelques “corners” sponsorisés par des entreprises comme Sanofi Aventis (à qui revient la palme de la cucuserie avec une ribambelle de slogans à la con sur la nutrition et l’exercice physique). Il n’y a guère que le “corner” Vuitton qui semble à sa place. Franchement, si j’avais fait deux heures de queue pour voir ça, j’aurais envie de mettre le feu en sortant.
J’imagine que le restaurant, confié aux célèbres frères Pourcel, doit relever le niveau. Tous comptes faits, la seule vertu que je trouve à ce pavillon français, c’est qu’il a été placé sous le thème “La Ville sensuelle”, ce qui nous change des bondieuseries politiquement et écologiquement correctes que semble avoir inspirées aux autres pays le thème de l’Expo, “Better City, Better Life” (un thème qui, cela dit, donne vraiment dans le mille à Shanghai).
Le choc passé, je recommence à zigzaguer dans l’Exposition. Je me retrouve à une extrémité de la zone C et en profite pour emprunter le passage surélevé qui traverse les zones C, B et A. J’ai en ligne de mire le monumental pavillon de la Chine, pièce maîtresse de la zone A, où se trouvent également la quasi-totalité des pays asiatiques (sachant que la Turquie et l’Azerbaïdjan ont été placés à proximité des pays européens).
Je vais jusqu’au bout de la zone A (où se trouve également ce bâtiment en forme de galet ou d’Ovni, consacré aux manifestations sportives et culturelles… ainsi que le pavillon japonais, qui est un ratage tellement monumental que je n’ose pas le photographier) pour prendre l’un des ferries jusqu’à la rive opposée, à Puxi. Les zones D et E, plus petites, accueillent surtout des pavillons thématiques ou “corporates”. Je n’y reste pas très longtemps et me dirige finalement vers la sortie n° 1.
De là, une navette gratuite permet de rejoindre la station de métro de Luban Road, d’où j’ai repéré que je pouvais rejoindre mon hôtel en quelques stations et une seule correspondance. Je me rends compte en arrivant à l’hôtel que j’ai bien rougi. Je pense avoir évité le coup de soleil, mais pas de beaucoup.
Le temps de prendre une longue douche réparatrice et de me changer, et il est temps de prendre le chemin du Grand Théâtre pour Götterdämmerung. Une Exposition Universelle et un Crépuscule des Dieux le même jour, c’est un sacré programme.
Je prends un taxi à l’aller pour gagner du temps et au retour par nécessité (j’aurais peut-être pu attraper le dernier métro en courant, mais le courage m’a manqué). Je me rends compte en arrivant à l’hôtel que j’ai faim : je commande un riz sauté absolument délicieux et une assiette de fromages (je suis un peu en manque de ce côté-là).
L’incontournable album photos de la journée :
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