Samedi 19 mai 2007
Punakha – Gangtey
Je retrouve mes compagnons à 9h30 comme prévu pour la deuxième transhumance du séjour, qui doit nous mener à Gangtey, dans le centre du pays. Nous nous arrêtons d’abord au marché de Punakha, qui se tient tous les week-ends, et où les paysans viennent vendre leurs fruits et légumes. Il y a bien sûr beaucoup de poivrons/piments (je ne suis pas très sûr du nom français), le légume national.
En chemin, nous voyons des paysans en train de planter du riz. Kinley m’explique qu’en vertu d’un système de solidarité, l’ensemble des fermiers d’une région vient planter un champ un jour, avant de passer au suivant le lendemain, etc. Celui qui bénéficie de l’aide de ses voisins doit les nourrir.
Notre route nous mène d’abord au village de Wangdi, où se trouve un nouveau “checkpoint” où notre permis est contrôlé. Kinley m’explique que le village est en train d’être déplacé vers un nouveau site financé par la Banque Mondiale, mais les choses ne vont pas très vite, pour diverses raisons.
Le dzong local, le Wangdiphodrang Dzong, perché au sommet de la colline est tout aussi impressionnant que les autres. Il a été bâti en 1639 par le même architecte que le dzong de Punakha. L’intérieur est calme car c’est samedi, et les administrations sont fermées. Kinley m’explique que c’est l’une des raisons pour lesquelles il est intéressant de travailler pour le gouvernement : bon salaire, et pas de travail le week-end.
Comme dans tous les dzongs, une partie du bâtiment est réservée aux moines. Nous entrons dans l’une des salles d’étude où des enfants de tous âges — certains très jeunes — psalmodient des mantras.
Aux abords du dzong, deux équipes s’adonnent au sport national, le tir à l’arc, en utilisant des arcs “modernes”. Les Bhoutanais ont atteint un tel niveau d’excellence qu’ils tirent sur une cible minuscule placée à 120 mètres environ. Lorsqu’un archer atteint la cible, son équipe entonne un chant de victoire. On tire en alternance depuis chaque extrémité du terrain ; cela me semble miraculeux qu’il n’y ait pas plus d’accidents, car le terrain n’est pas du tout balisé et se trouve au bord du chemin sur lequel nous passons. Mais, en regardant de près l’une des cibles, je me rends compte que les flèches qui l’ont manquée sont plantées à quelques centimètres à peine : sacrés tireurs !
Nous reprenons ensuite notre route pour monter jusqu’au col de Lawa La à presque 3400 mètres d’altitude, pour redescendre sur la vallée glacière de Gangtey, où se trouve le troisième “lodge”. La route est un peu plus chahutée et, une fois encore, Chincho s’en sort comme un chef. La vallée de Gangtey se trouve à environ 3000 mètres d’altitude. Son origine glacière est visible à sa forme en U assez large avec un plancher très plat. Le panorama, encore une fois, est splendide. La route est bordée de bambous nains. C’est dans la vallée de Gangtey qu’un groupe de 200 à 3000 grues à col noir (black-neck cranes) venant du Tibet vient passer l’hiver chaque année. Elles sont bien sûr reparties depuis longtemps.
Avant de rejoindre l’hôtel, nous allons visiter le temple local, le Gangtey Goemba, en pleine restauration. Les menuisiers, charpentiers, peintres sont à l’œuvre pour mener ce travail gigantesque, qu’ils essaient de finir à temps pour les festivités de 2008 (centenaire de la monarchie et intronisation du cinquième roi). En fait, ils reconstruisent le bâtiment complètement à l’identique. Il ne doit pas rester grand chose du bâtiment d’origine.
Nous franchissons sans remords un panneau “Strictly No Entrance” pour jeter un coup d’œil au chantier, à l’intérieur. Je regarde, fasciné, les peintres qui dessinent la décoration minutieuses sur l’une des balustrades en bois. Il y a une drôle d’odeur : je pense qu’ils mettent de la bouse de vache dans leur peinture.
Nous nous dirigeons ensuite vers l’hôtel, le plus récent, qui propose huit chambres dans un bâtiment à flanc de colline avec une vue saisissante sur la vallée et sur le Gangtey Goemba. La vallée n’est pas desservie par des lignes électriques. Les paysans locaux utilisent des cellules solaires que le gouvernement bhoutanais propose à des prix intéressants. L’hôtel, lui, a son propre générateur. Ma chambre, la numéro 3, est sur un modèle un peu différent de celles de Paro et Punakha, mais on y retrouve le même mobilier et les mêmes éléments de décoration.
Il est encore tôt dans l’après-midi. Je m’installe confortablement le long des baies vitrées de la salle commune en parcours quelques livres et magazines mis à la disposition des clients. Je m’arrête en particulier sur un livre de photos sur le Bhoutan publié par Aman Resorts et qui fait notamment référence au film Little Buddha de Bernardo Bertolucci, tourné en partie au dzong de Paro. Et dire que je ne l’ai pas vu.
Pour le dîner, difficile d’échapper à une discussion avec d’autres résidents puisqu’il n’y a que deux grandes tables de huit. Il y a trois autres chambres occupées. Je me retrouve assis à proximité d’un couple du Connecticut qui effectue sa lune de miel. Je suis bien obligé d’engager la conversation, mais je n’en ai pas très envie — je ne suis pas sûr qu’eux-mêmes en aient très envie. À la table d’à côté, deux mamies-rafting du Colorado, que j’ai déjà repérées à Punakha, discutent avec un jeune couple londonien.
Sur mon lit, ce soir, je trouve deux cailloux sur lesquels un artiste local a dessiné les fameuses grues à col noir .
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