Vendredi 18 mai 2007
Punakha
La journée est consacrée à la visite des merveilles architecturales de Punakha. Avant de démarrer, j’accroche les drapeaux de prière qui m’ont été remis la veille au pont suspendu qui enjambe le Mo Chhu. Kinley m’explique qu’il est bon que les prières soient au vent pour que leur effet bénéfique se répande le plus possible. Comme d’autres aspects du bouddhisme qu’il m’a expliqués, l’idée est poétique.
Notre première étape est le dzong de Punakha, aussi appelé Phunthang Dewachenpoi Phodrang. Encore une fois, la vue du bâtiment me donne des frissons. La forteresse est située au confluent des rivières Mo Chhu (la Mère) et Pho Chhu (le Père). Il date de 1638 et sert, comme tous les dzongs, de siège aux administrations civiles et cléricales. C’est d’ailleurs le quartier d’hiver des moines, qui y sont présents par centaines pendant les mois d’hiver. Pour y accéder, on traverse un pont de fortune... en attendant que le pont tout nouveau en cours de construction ne soit achevé.
À l’intérieur, je vais d’émerveillement en émerveillement. Kinley me confirme que les peintures et décorations sont refaites régulièrement, ce qui explique leur état impeccable. Nous visitons plusieurs salles, dont l’une a accueilli la première assemblée nationale, créée en 1961. Nous entrons également dans le temple, où trônent de gigantesques statues du Bouddha et de deux de ses acolytes le plus fréquents, dont le fameux Guru Rimpoche, que le Bhoutanais considèrent comme leur deuxième Bouddha.
Nous nous dirigeons ensuite vers le Chimi Lhakhang, un monastère construit au 15ème siècle en l’honneur de Lam Drukpa Kuenley, un professeur qui contribua à la vulgarisation du bouddhisme grâce à des méthodes provocatrices peu habituelles impliquant beaucoup de filles et d’alcool. Pour une raison que Kinley n’arrive pas à m’expliquer très clairement, c’est à cause de lui que l’on peint des phallus sur la façade des maisons pour se protéger des forces du mal.
Le monastère revêt une importance particulière pour Kinley car c’est là que ses parents l’ont amené pour être béni après sa naissance, notamment parce qu’un premier fils était mort. C’est pour ça qu’il s’appelle Kinley : tous les nouveaux-nés bénis dans ce monastère prennent le nom soit de Kinley (celui en l’honneur de qui il a été bâti), soit de Chimi (le nom du lieu). Ils doivent ensuite retourner au monastère au moins une fois par an. Kinley est très heureux que son métier de guide lui permette d’y retourner bien plus souvent. Le monastère est associé notamment à la notion de fertilité, et c’est pour cela que des couples qui souhaitent avoir des enfants viennent s’y faire bénir, parfois d’aussi loin que l’Inde. Nous croiserons d’ailleurs un couple indien en repartant du monastère.
Nous nous rendons au monastère à pied à travers les rizières en étages. La promenade est délicieuse malgré la chaleur accablante. L’une des parcelles a été plantée : Kinley me dit que c’est la première qu’il voit cette année ; c’est plutôt en juin qu’a lieu la culture du riz. Nous montons ensuite une petite colline au sommet de laquelle se trouve le monastère. Kinley s’y recueille et fait tourner tous les moulins à prière. Dans le temple lui-même, de nombreux enfants destinés à devenir moines récitent ou lisent des prières à haute voix. L’ambiance est assez saisissante. Kinley demandent que nous soyons bénis avec ce qui est considéré comme l’arc de Lam Drukpa Kuenley. On nous remet aussi un peu d’eau bénite — je sais maintenant quoi en faire.
Il est ensuite temps de déjeuner et nous nous installons sur un terrain qui jouxte le collège de Punakha au bord de l’eau, juste en face du dzong. C’est un endroit idéal pour s’installer sur l’herbe et déguster le pique-nique bhoutanais.
Après manger, nous nous dirigeons vers le temple Kamsun Yuelley Namgyal Chorten, de construction récente, qui est perché sur une colline et à côté duquel le roi actuel a assez curieusement choisi d’établir sa résidence lorsqu’il est à Punakha. C’est un magnifique temple dédié à la paix, la stabilité et l’harmonie auquel on accède en environ 45 minutes de marche. La montée serait plus agréable s’il ne faisait pas si chaud. Je suis rassuré de voir que même Kinley transpire. Il a rabattu autour de sa taille la partie haute de son gho, ce qui lui permet d’être en t-shirt, comme moi. Bien entendu, il se réajuste toujours avant de pénétrer dans les temples et monastères… sans parler des dzongs, bien sûr, où il doit en plus rajouter son écharpe.
Nos efforts sont récompensés non seulement par les paysages que nous découvrons au fur et à mesure que nous montons, mais aussi par l’arrivée au temple, magnifique. Kinley doit aller chercher le gardien pour qu’il nous ouvre la porte, derrière laquelle se trouve un autel gigantesque à quatre faces qui rend hommage à de très nombreuses divinités. Il y a deux étages au-dessus, où se trouvent également des autels.
La descente est plus agréable car le vent s’est levé. Nous reprenons une dernière fois la voiture pour revenir à l’hôtel. Il n’est pas très tard mais la journée a été riche.
Je profite du temps dont je dispose pour me faire masser au spa de l’hôtel — oui, il y a un spa pour 8 chambres… Mon masseur est superbement doué ; il termine aussi par une action sur les chakras. Je me sens merveilleusement bien.
Je choisis un dîner un peu plus léger : salade verte et risotto à la courge… mais je craque pour les truffes au chocolat recouvertes d’une boule de glace vanille : un régal. Je demande aussi à goûter un morceau de ce fromage local que l’on m’a servi fondu sur l’omelette du petit-déjeuner et sur le risotto du dîner. C’est un fromage de brebis cuit (ou séché), très goûteux.
Ce soir, mon cadeau est un petit rectangle tissé qui pourra servir de marque-page.
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