Dimanche 27 mai 2007
Delhi – Agra
Contrairement à la veille, je prends mon petit-déjeuner dans l’un des restaurants de l’hôtel Imperial, le 1911, dont les fresques murales sont impressionnantes.
Mon chauffeur m’attend à 10h comme convenu pour me conduire à Agra, à 200 km de Delhi. Il faut quatre heures environ. C’est la sortie de Delhi qui est le passage le plus délicat… et encore, la circulation est plus calme que d’habitude parce que nous sommes dimanche. La route entre Delhi et Agra est en très bon état. Le plus souvent, il y a deux fois deux voies… ce qui permet de rouler correctement au milieu des taxis, tracteurs, charrettes tirées par des dromadaires et autres camions… en faisant attention aux véhicules qui viennent occasionnellement à contre-sens. Il y a beaucoup de panneaux demandant de s’arrêter pour se soumettre à des contrôles de police, mais nous les franchissons tous sans ralentir. En entrant dans l’état d’Uttar Pradesh, il faut se garer pour aller payer je ne sais quel droit de passage.
Un peu avant d’arriver à Agra, nous nous arrêtons à Sikandra, où se trouve le mausolée du troisième empereur moghol, Akbar, terminé en 1613. J’y retrouve mon guide local, qui se fait appeler “A.K.” parce que son nom est trop compliqué. Le tombeau est un bâtiment imposant, commencé par Akbar mais dont l’essentiel de la construction a été réalisé par son fils Jahângîr, réputé pour avoir beaucoup moins de goût en matière de construction. En effet, le résultat n’est pas aussi harmonieux que le tombeau d’Humâyûn, construit par Akbar.
L’intérieur est assez richement décoré. A.K. m’explique que toutes les surfaces dorées ont été pillées. À certains endroits, l’or manquant a été remplacé par de la peinture jaune pour que l’on puisse se faire une idée.
Nous reprenons la route pour rejoindre Agra et l’hôtel Oberoi Amarvilās, dont toutes les chambres jouissent d’une vue sur le Taj Mahal. Je suis accueilli par un représentant de l’agence de voyage, ainsi que par un représentant de la direction de l’hôtel. Un réceptionniste me conduit dans ma chambre, où il effectue le check-in. La vue sur le Taj Mahal m’hypnotise.
Quelques instants plus tard, comme convenu, je retrouve mon guide pour la visite d’Agra.
Notre première étape est le fort rouge, immense enceinte fortifiée dont un quart seulement est ouvert au public, le reste étant propriété de l’armée indienne. Les constructions sont de diverses époques, mais les plus remarquables sont les bâtiments de marbre blanc, qui sont presque tous l’œuvre de Shah Jahân, le cinquième empereur moghol et celui qui, incontestablement, a légué les plus beaux trésors architecturaux.
Shah Jahân n’aura pas le temps de terminer toutes les constructions entreprises car son fils Aurangzeb l’emprisonnera de 1658 jusqu’à sa mort en 1666. On remarque notamment la salle des audiences publiques, dans laquelle Shah Jahân rendait la justice assis sur un trône en or massif incrusté de pierres précieuses, dont le célèbre diamant Koh-i-Noor, qui figure aujourd’hui dans la couronne de feue la Reine Mère d’Angleterre.
Un autre bâtiment en marbre blanc, le Khass Mahal, est construit au bord du fleuve. Il est entouré par deux petits pavillons destinés aux deux filles de Shah Jahân.
Notre prochaine étape est, bien sûr, le Taj Mahal lui-même. Il y a deux entrées, à l’est et à l’ouest. Celle de l’est est moins fréquentée et est desservie par un chariot de golf qui fait la navette depuis l’hôtel. C’est donc par ce moyen que nous nous y rendons.
Difficile de décrire la sensation qui étreint le visiteur qui franchit pour la première fois le seuil de l’entrée monumentale. Le bâtiment fascine immédiatement par sa beauté époustouflante et son harmonie infinie. Shah Jahân mettra 22 ans, de 1631 à 1653, pour construire ce mausolée de marbre blanc pour son épouse favorite, Mumtaz Mahal. Tout n’y est qu’élégance et sérénité, même s’il y a beaucoup de visiteurs en cette fin d’après-midi.
Le plus simple est de se promener en se laissant porter. On pénètre dans le bâtiment pour voir les faux tombeaux (les vrais sont enterrés) de Mumtaz Mahal, parfaitement dans l’axe du bâtiment et de Shah Jahân, sur le côté. Le tombeau de Shah Jahân est le seul élément qui rompe avec la symétrie omniprésente des lieux. C’est qu’il n’avait apparemment pas l’intention d’être enterré là. Il aurait même eu le projet de construire pour lui-même une réplique du bâtiment en marbre noir sur l’autre rive de la rivière Yamuna… mais il semble que cette histoire relève de la légende.
Le soleil se cache derrière les nuages et une sorte de petite tempête nous surprend alors que nous sortons du bâtiment. Du sable vole un peu partout ; la lumière change à chaque instant. Le bâtiment lui-même semble se modifier avec la lumière.
Après une bonne heure et demi de déambulations autour du bâtiment (et une quantité déraisonnable de photos), nous revenons à l’hôtel. Je me régale d’un délicieux dîner indien au restaurant de l’hôtel : chou-fleur tandoori farci aux petits légumes et morilles farcies aux raisins et au fromage. C’est épicé, mais je survis. Je finis sur un énorme tiramisu.
Mon combat contre le coup de soleil se termine en semi-défaite : mon front pèle un peu… mais les dégâts sont limités. Ce soir, il faut se coucher tôt, car la journée commencera tôt le lendemain.
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