Jeudi 24 mai 2007
Paro
Kinley et moi avons définitivement écarté l’idée de retenter le “Nid du Tigre”… mais nous nous lançons dans une randonnée menant à un temple/école bouddhiste situé à environ 2800 mètres, en partant de la vallée, à 2300 mètres. Nous commençons par traverser les champs qui s’alignent à la base de la colline avant d’attaquer les choses sérieuses. Il fait très chaud, mais la montée est agréable, d’autant que le monastère est desservi par une route, que nous rejoignons au bout d’un moment pour la suivre jusqu’au sommet. Je n’ai pas trop de mal à trouver mon souffle. En fin de parcours, nous adoptons sans vraiment nous concerter un rythme assez soutenu car nous avons tous les deux maîtrisé notre respiration. Il nous faudra un peu plus de deux heures pour atteindre notre but… sans voir une seule voiture.
La vue sur la vallée de Paro est superbe — encore plus belle que celle que l’on découvre depuis le “Nid du Tigre”, me dit Kinley, sans doute par gentillesse. On voit très bien l’aéroport, le dzong et les mosaïques formées par les champs dans la vallée. Malheureusement, mon appareil photo est en rade — je n’avais aucune idée que le fait de le laisser connecté à l’ordinateur toute la nuit avait vidé la batterie. Il n’y aura donc pas de témoignage visuel de notre ascension.
Et c’est dommage, car le temple est magnifique. C’est l’un des endroits où les apprentis moines font leurs classes — neuf ans en tout… avant la méditation obligatoire de trois ans et trois mois ! Comme d’habitude, nous pénétrons dans le temple. Kinley fait ses prières puis me commente la décoration de l’autel et des murs. Il ne vient pas souvent dans ce temple et est très heureux de le redécouvrir.
Après une petite pause pour nous reposer et nous hydrater, nous attaquons la descente. Nous nous permettons quelques raccourcis, mais le percement de la route a créé pas mal de passages un peu délicats à négocier dans les sentiers. Il est évident que Kinley est beaucoup plus habile que moi dans les passages à pic, mais je suis vaillamment et parviens à ne tomber sur mon postérieur qu’une fois en tout.
Comme il fait toujours très chaud, Kinley se confectionne une sorte de chapeau avec des branches de saule. Nous retraversons les champs et retrouvons Chincho, qui nous attend patiemment. La descente aura duré environ 90 minutes. Notre promenade aura duré plus de quatre heures en tout. Kinley pense que nous avons parcouru une bonne quinzaine de kilomètres — il en est le premier surpris.
Nous nous rendons ensuite sur un terrain gazonné où nous prenons notre pique-nique avant de nous adonner à l’activité de l’après-midi : le tir à l’arc. Il aurait été dommage de quitter le Bhoutan sans avoir testé le sport national. Chincho et Kinley placent des cibles d’une vingtaine de centimètres de large à une vingtaine de mètres l’une de l’autre, un peu comme lors de notre partie de fléchettes.
Nous utilisons des arcs “traditionnels” faits de deux morceaux de bois solidarisés entre eux, sur lesquels on tend une vulgaire ficelle. Je me fais expliquer la technique et nous démarrons pour trois heures de jeu. Je ne vois pas le temps passer et je m’amuse beaucoup, d’autant que mes comparses prennent un plaisir évident au jeu. Pour se déstabiliser, ils crient le surnom de celui qui tire : “Garuda” pour Kinley et “Tongfu” (ou quelque chose du genre) pour Chincho.
Je suis beaucoup moins ridicule qu’aux fléchettes et parvient même à mettre l’une de mes flèches dans la cible. C'est que, contrairement aux fléchettes, on a quand même un peu l’impression de viser. Évidemment, quand ils jouent sérieusement, ce n’est pas à 20 mais à 120 mètres que les Bhoutanais placent les cibles ! C’est Chincho qui remporte toutes les parties, comme il l’avait fait aux fléchettes.
L’un des risques du jeu est que l’on se racle facilement la peau du bras gauche au moment où l’on relâche la corde. Kinley finit par me proposer une protection, qu’il me noue autour du bras. Idéalement, il faudrait aussi se protéger les doigts qui servent à tirer la corde, mais mes amis n’ont pas le matériel. Un morceau de peau de mon index droit en fera les frais.
Des enfants qui reviennent de l’école se sont arrêtés pour nous regarder… avec une curiosité assez palpable. Lorsque nous remballons, Kinley et Chincho les mettent à contribution. Je cherche désespérément ce que je pourrais leur donner. Je donne mon unique stylo-bille à l’un d’eux et pense in extremis aux biscuits que l’on me fournit tous les jours pour le pique-nique et auxquels je n’ai pas touché. Ils ont l’air enchanté.
Nous reprenons finalement la voiture, transformée en volière à mouches, pour rentrer une dernière fois à l’hôtel. Il semble qu’après neuf jours de protection efficace contre le soleil de la montagne, j’aie fini par perdre mon combat, le dernier jour. Il faut dire que j’ai beaucoup transpiré lors de notre promenade du matin, et l’écran total, que je réapplique pourtant régulièrement en quantité généreuse, a dû en pâtir. Trois heures et dix-huit applications de crèmes hydratantes diverses plus tard, j’ai l’impression d’avoir réussi à limiter les dégâts.
Je me remets des péripéties de la journée en poursuivant ma lecture. L’hôtel est assez plein, aujourd’hui. Au dîner, je retrouve deux Américains du Connecticut qui ont “fait” le Nid du Tigre : ils sont épuisés mais heureux. Nous prenons le même vol pour Delhi demain. Curieusement, mon billet dit que le vol est à 10h30 et Kinley a fixé le départ de l’hôtel à 8h30… alors que leur billet dit que le vol est à 11h et leur guide a fixé leur départ à 9h30. Dans l’incertitude, je préfère être dans ma situation plutôt que dans la leur. Je leur promets de ne pas laisser décoller l’avion s’il ne sont pas à bord. Bien qu’ils rentrent ensuite directement aux États-Unis, ils passent la nuit à Delhi… dans le même hôtel que moi.
Pour le dîner, après moult hésitations, je commande le “steak-frites”, qui se révèle absolument succulent. La viande, australienne, est incroyablement tendre. Les frites ne sont pas frites mais simplement cuites à la poêle, dirait-on.
Le moment est malheureusement venu de préparer mes bagages et de régler mes extras. Mon dernier cadeau attend sur mon lit : ce sont huit petits objets semblables à de minuscules boîtes et dont les couvercles représentent huit symboles du bouddhisme.
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