Mardi 22 mai 2007
Thimphu
Après un petit-déjeuner un peu trop gras (le chef du “lodge” de Thimphu n’est vraiment pas le meilleur des quatre), nous nous mettons en route pour une journée assez riche. Il y a eu du troc de voitures entre les équipes et je prends place à bord d’un autre modèle de 4x4 Honda plus spacieux que celui auquel je m’étais habitué.
Première étape : un monastère de 1620 accroché à un flanc de colline, réputé pour la qualité de son enseignement et pour les cellules d’isolement qui permettent aux moines en devenir de méditer à l’écart des perturbations du monde. Il faut s’isoler au moins trois ans, trois mois, trois semaines et trois jours avant d’être un “vrai” moine.
Pour parvenir au monastère, on se rend au bout d’une route au nord de la vallée, on traverse un pont en bois particulièrement pittoresque et on attaque une montée qui prend une petite heure si, comme moi, on préfère y aller vraiment doucement.
Je transpire abondamment et dégouline comme une fontaine, mais je ne
ressens aucun des signes de manque d’oxygène qui m’ont arrêté sur le
chemin du Taktsang Goempa, alors que nous sommes à une altitude
légèrement supérieure à celle de Paro.
En chemin, nous voyons plusieurs chèvres “modèle spécial montagne” qui nous impressionnent par leur capacité à gambader sur des surfaces particulièrement pentues.

Nous ne pouvons pas entrer dans le monastère lui-même car il y a une sorte d’examen en cours, mais la vue est superbe. La descente est très agréable. Nous retrouvons Chincho qui dort dans la voiture en nous attendant.
Nous nous dirigeons ensuite vers un autre temple, plus proche de la ville et accessible en voiture, qui abrite une école de jeunes moines. C’est l’heure de la pause-déjeuner et il y a des moinillons un peu partout.
Nous nous installons sur une sorte de promontoire qui domine les bâtiments pour y prendre notre pique-nique. La cloche retentit et les moinillons regagnent sagement leurs salles d’étude. Bientôt la rumeur des prières ânonnées nous entoure.
Avant de repartir, Kinley me fait visiter le temple qui jouxte les bâtiments d’étude. C’est un très jeune apprenti-moine qui nous ouvre. Le rituel est toujours le même : Kinley commence par faire ses dévotions, place un billet sur l’autel en forme d’offrande… et ce n’est qu’à ce moment que le moine de service (en l’occurrence le petit gamin qui doit avoir six ans à tout casser) nous verse dans le creux de la main un peu d’eau bénite.
Nous nous dirigeons ensuite vers un institut de formation dans lequel on enseigne treize des savoir-faire artisanaux traditionnels du pays, notamment la sculpture, la peinture, le tissage, etc. Nous allons de classe en classe pour regarder les étudiants à l’œuvre. On a même importé quelques disciplines supplémentaires, comme la fabrication de poupées, d’origine japonaise.
Puis nous allons visiter une sorte de musée d’arts et traditions populaires dans laquelle une ferme traditionnelle a été reconstituée. La visite guidée est obligatoire, donc Kinley s’efface devant la guide locale, qui nous conduit de pièce en pièce aux trois étages de la ferme afin de commenter le rôle des différentes pièces, les objets rassemblés, etc. La visite est très intéressante et me permet de reboucler sur pas mal de choses que Kinley m’a déjà expliquées.
Nous allons ensuite faire un tour à la Bibliothèque Nationale qui, outre un fonds d’ouvrages en anglais au rez-de-chaussée, rassemble surtout des livres de prière en quantité impressionnante. Une extension du bâtiment est en cours de construction à côté.
Notre dernière visite de la journée est consacrée à une fabrique de papier. Je suis fasciné. En quelques mètres, on voit très clairement la fabrication de la pâte à papier, puis la confection des feuilles à l’aide d’une sorte de matrice que l’on plonge dans la pâte, l’extraction du surplus d’eau dans une presse et, enfin, le séchage. Le résultat est du papier d’une qualité remarquable. Le passionné de papier qui sommeille en moi ne résiste pas : je m’achète quelques échantillons à la boutique qui jouxte l’atelier.
Avant de rentrer à l’hôtel, je demande à Kinley si nous pouvons nous promener un peu dans la ville elle-même. Chincho nous dépose à proximité de la place centrale, où trône une horloge… et où l’on repère une enseigne DHL à côté d’une enseigne Air France / KLM. Nous nous promenons dans l’artère principale et pénétrons dans quelques galeries marchandes. Il y a beaucoup d’hôtels ; d’autres sont en construction. C’est qu’on attend beaucoup de monde pour les festivités de l’année 2008.
L’ambiance est très différente de celle dont j’ai fait l’expérience aux autres étapes, et nous en discutons un peu avec Kinley. Les autorités du Bhoutan ont été remarquables, ces dernières années, pour faire progresser le pays tout en le maintenant en contact avec son passé et ses racines. Dans une ville comme Thimphu, on peut se demander si le mouvement de modernisation ne va pas un tout petit peu trop vite. Le fait qu’on y voie beaucoup moins le costume national qu’ailleurs est troublant s’agissant de la capitale (sans oublier malgré tout qu’il y a beaucoup d’Indiens à Thimphu — eux ne portent évidemment pas le costume national).
Nous retrouvons Chincho un peu plus loin, à proximité du cinéma local, on l’on projette le film Tears of Sadness, une production locale. Le pays produit en effet quelques films chaque année. Kinley regrette qu’il s’agisse majoritairement de films “romantiques”. Nous apercevons d’ailleurs une équipe de tournage dans la rue, mais Kinley me dit que c’est pour la télévision.
Nous revenons à l’hôtel, où je me délasse en attendant l’heure du dîner. Chat échaudé craint l’eau tiède, je dîne très légèrement. Je discute quelques instants avec le directeur de l’hôtel, que je n’avais pas encore rencontré, puis rentre me coucher assez tôt car nous avons décidé de partir pour Paro à 8h afin de profiter du premier créneau horaire d’ouverture de la route.
Je trouve sur mon lit quatre “fleurs de la générosité”, des fleurs séchées originaires du sud du pays qui peuvent être utilisées comme offrande dans un temple.
Commentaires