Lundi 21 mai 2007
Gangtey – Thimphu
Après le petit-déjeuner, je retrouve Kinley et Chincho à l’heure désormais canonique de 9h30 pour une nouvelle grande transhumance, puisque nous repartons vers l’ouest en direction de la capitale, Thimphu, ce qui nous amène à refaire en sens inverse une bonne partie de la route faite depuis mon arrivée.
Nous repassons le col de Lawa La et faisons un crochet par le col voisin de Pele La, qui est le seuil entre le Bhoutan occidental et le Bhoutan central, histoire de voir si la vue est dégagée. Malheureusement, elle ne l’est guère… mais nous avons la chance de tomber sur un troupeau de yaks. Kinley est surpris car il pensait que les yaks étaient déjà tous remontés à des altitudes supérieures à cette époque de l’année. Drôle d’animal, le yak : ça doit bien peser dans les 250 kilos, et pourtant ça a une capacité presque surnaturelle à descendre des pentes abruptes avec une grâce étonnante.
En redescendant jusqu’aux environs de Punahka, nous voyons plusieurs singes (Kinley dit “red monkeys” — au centre de la photo). Kinley m’explique qu’ils vivent généralement en groupes de dix ou quinze. Nous en voyons trois assis au bord de la route. Ils ont des têtes adorables. Malheureusement, ils s’en vont avant que je n’aie eu le temps de les photographier. Un peu plus loin, c’est une biche que nous apercevons en contre-haut de la route. Kinley me dit que c’est assez rare, car les biches sont généralement assez peureuses.
Nous laissons Punakha et démarrons l’ascension du col suivant, le Ducha La, qui nous ramènera dans la vallée où se trouve Thimphu. Plus nous approchons du sommet et plus nous sommes dans les nuages. Il ferait presque froid. Comme il est l’heure de déjeuner, nous prenons notre pique-nique dans une salle qu’un restaurant local met à la disposition d’Aman Resorts. On n’y voit rien à deux mètres.
Heureusement, nous retrouvons le beau temps à la descente. Nous finissons par approcher de la ville de Thimphu, capitale du royaume depuis 1951. La ville ressemble beaucoup plus à une ville que tout ce que j’ai pu voir jusqu’à présent, même si tout reste bien entendu aux proportions bhoutanaises. Nous passons toutes sortes de bâtiments officiels, notamment le siège des organismes onusiens. À proximité, un gigantesque hôtel Taj est en construction. Bizarrement, il semble y avoir une proportion moindre de costume national qu’ailleurs, ce qui me semble paradoxal pour la capitale du pays.
Nous nous arrêtons quelques instants pour faire un tour à la Poste centrale, qui a son guichet Western Union et son coin spécial philatélie. Le royaume est en effet très fier de ses timbres, qui couvrent à peu près tous les domaines imaginables, y compris à propos de l’actualité d’autres pays. Il y a pas mal de circulation, et nous devons faire attention pour traverser la rue, ce qui ne nous était jamais arrivé depuis mon arrivée. Kinley me dit que Thimphu est peut-être la seule capitale au monde à ne pas avoir de feux tricolores ; une expérience a été menée, mais elle s’est révélée désastreuse car la plupart des conducteurs ne les comprenait pas. Ce sont donc de bons vieux policiers qui s’occupent de régler la circulation ; leurs gestes sont exquis à observer.
Nous ressortons de la ville pour aller visiter l’un des rares couvents du pays (il y a des femmes moines, mais elles sont peu nombreuses), puis un petit zoo où quelques spécimens de l’animal national, le takin, vivent sereinement dans un enclos. Le quatrième roi a ordonné de relâcher tous les animaux du zoo il y a une trentaine d’année mais les takins, contrairement aux autres espèces, n’ont pas voulu repartir à la vie sauvage ; ils venaient au contraire dans la ville quémander de la nourriture. Le takin est une sorte de grosse chèvre poilue, apparemment cousin de l’antilope. Kinley arrache quelques feuillages qu’il passe à travers la grille : un takin s’approche tout de suite pour manger tout cela goulûment.
Nous nous arrêtons une dernière fois pour découvrir de jolis points de vue sur la ville. Le dzong local abrite notamment les bureaux du roi ainsi que les ministères des finances et de l’intérieur. Les autres ministères sont relégués dans des bâtiments nettement moins jolis à proximité. Juste à côté, un golf de neuf trous, le seul du royaume, construit par des hommes d’affaires japonais avec l’autorisation du roi.
Nous nous dirigeons finalement vers l’hôtel, situé un peu à l’écart de la ville dans ce que Kinley me décrit comme le quartier chic où se trouvent les résidences des ministres, de la famille royale et des riches hommes d’affaires. Contrairement aux trois autres hôtels, celui de Thimphu a une façade blanche et non en bois.
Petit loupé à l’arrivée car le comité d’accueil n’est pas là pour m’accueillir, contrairement aux autres étapes. Ce sera vite réparé et, conformément au protocole de tous les hôtels, on m’installe au salon pour me servir une boisson tandis que je suis accueilli par le directeur général d’Aman Resorts au Bhoutan, John Reed, avec qui je discute un moment. On me conduit à ma chambre, la numéro 16, au bout du bâtiment. Les chambres, à Thimphu, sont identiques à celles de Gangtey ; pas de surprise, donc.
À l’étape de Thimphu, le chef propose de la cuisine Thaï ou occidentale. Je choisis deux plats dans ce qui est présenté comme un menu “dégustation” sur la page occidentale : salade verte et coquilles Saint-Jacques (Dieu sait d’où elles viennent) servies avec des morceaux d’avocat. C’est beaucoup trop épicé.
Je m’installe ensuite au salon où je prends mon café en lisant un livre fascinant consacré aux photographies prises dans les régions himalayennes (Tibet, Népal, Sikkim, Bhoutan) par un officier politique anglais, John Claude White, qui fut notamment le représentant officiel de la Reine Victoria au Sikkim au début du 20ème siècle. Les photos prises au Bhoutan entre 1905 et 1908 sont particulièrement fascinantes car White s’était pris d’amitié pour Ugyen Wanchuck, celui qui aller devenir le premier roi du Bhoutan, et à qui il remit les insignes de KCIE (Knight Commander of the Most Eminent Order of the Indian Empire) au nom de la Reine Victoria. Invité quelque temps après à l’intronisation du roi, White a photographié la cérémonie qui s’est tenue au dzong de Punakha, dont le toit avait été partiellement ouvert afin qu’il y ait assez de lumière pour les photos.
Une photo montre le dzong de Paro avec le pont que j’ai emprunté il y a quelques jours et, dans la distance, la tour de garde, le Ta Dzong. Une autre montre le dzong de Punakha avec un pont qui n’existe plus. Deux photos montrent la forteresse Drukgyel Dzong, ravagée par les flammes en 1951, dans toute sa splendeur d’origine. Nous en avons visité les ruines peu après mon arrivée à Paro et Kinley m’avait parlé de photographies publiées au début du 20ème siècle dans National Geographic : ce devaient être celles de White.
Le cadeau du jour est un petit livre contant les péripéties d’un chien à travers le Bhoutan.
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