12 mai 2007

Jour 1

Samedi 12 mai 2007
Paris – Amsterdam – Bangkok

Et c’est parti pour une nouvelle aventure en Asie. Première destination : Bangkok, pour un très bref séjour avant de rejoindre ma destination finale.

La circulation est complètement bloquée dans les environs de la Gare de l’Est en raison d’un incendie : la marge que j’ai prise m’est bien utile pour ne pas arriver en retard à Roissy. Premier vol sur Air France pour rejoindre Amsterdam, puis correspondance serrée pour attraper le vol KLM 877 en direction de Bangkok (qui poursuit sa route ensuite vers Taipei).

J’apprends que le même vol parti d’Amsterdam pour Bangkok la veille a dû faire demi-tour à mi-parcours en raison d’un problème de moteur. L’avion est donc plein à craquer puisqu’il a fallu recaser les passagers de la veille.

KLM configure ses 747 de manière curieuse, avec un gigantesque “galley” (la cuisine) qui occupe la moitié de la largeur de l’appareil sur une dizaine de mètres. Les fauteuils de la World Business Class se répartissent entre le pont supérieur et le nez du pont inférieur, où se trouve mon fauteuil 4E.

Mon voisin, qui est belge, connaît bien Bangkok et me fait de multiples recommandations bien que je lui indique que je ne ferai qu’un passage éclair. Il me donne également les références d’une collection de guides de voyage qu’il affectionne particulièrement.

Après un dîner correct, il est temps de dormir. J’espère qu’au réveil on nous annoncera que nous arrivons à Bangkok et non à Amsterdam…

13 mai 2007

Jour 2

Dimanche 13 mai 2007
Bangkok

Ouf, c’est bien de Bangkok que nous sommes en train de nous approcher alors que les lumières se rallument dans la cabine.

Sur KLM, on remplit un formulaire au début du vol pour préciser si l’on souhaite ou non être réveillé pour le petit-déjeuner et, dans l’affirmative, choisir son menu. L’hôtesse sert les passagers au fur et à mesure qu’ils se réveillent, ce qui me semble plus efficace que la méthode plus approximative d’Air France.

Vers midi, nous atterrissons au magnifique nouvel aéroport de Bangkok Suvarnabhumi, conçu par la firme architecturale Murphy/Jahn, qui a ouvert en septembre dernier. Je sors le premier, passe l’immigration et suis heureux de voir l’une de mes valises déjà sur le tapis. Reste à attendre la deuxième… qui n’arrivera jamais. Petit tour au comptoir KLM, où l’on m’annonce que ma valise est toujours à Paris, et qu’elle arrivera dans 24 heures. Un dédommagement de 2000 bhats (environ 45 euros) m’est remis pour faire face à mes dépenses urgentes.

Ce n’est pas très grave : ce sont mes vêtements qui ne sont pas arrivés. J’ai mes affaires de toilette, mes médicaments,… Ce n’est que la deuxième fois de ma vie qu’une de mes valises n’arrive pas en même temps que moi. La première fois, c’était déjà à la sortie d’un vol KLM…

Je retrouve Natchanon, mon guide, qui m’attend patiemment à l’endroit convenu. Il se fait appeler par son diminutif, Chat. Aujourd’hui, sa tâche se borne à m’accompagner à mon hôtel. En chemin, il me rappelle quelques informations de base sur la Thaïlande (65 millions d’habitants, dont 12 millions à Bangkok) et me montre avec fierté la brochure commémorative des festivités organisées en 2006 pour les soixante ans de règne du roi Rama IX, alias Bhumibol Adulyadej.

Nous entrons dans Bangkok. Nous passons chez des vendeurs des rues à qui j’achète quelques vêtements de secours. Puis nous arrivons à l’hôtel Oriental, l’un de ces hôtels mythiques pour la qualité de leur service. Je confie mon bulletin de bagage au Concierge, qui m’assure qu’il s’occupera de tout (je n’ai aucun doute) et un Assistant Manager me conduit à ma chambre, ou plutôt à ma suite, la Suite Otago, numéro 1603, au dernier étage de l’hôtel, où il s’occupe de mon check-in.

Otago Une impressionnante coupe de fruits trône sur la table du séjour, ainsi qu’un assortiment de bouchées au chocolat. Le Senior Floor Butler m’apporte un rafraîchissement et m’indique le bouton à utiliser pour qu’il accoure. Il sait qu’il me manque une valise et m’apporte un Emergency Kit dans lequel se trouvent des sous-vêtements, une chemise, une cravate, un polo… pas tout à fait à ma taille, certes, mais l’attention est charmante.

Chaophraya Ma chambre donne sur la rivière Chao Phraya. Du seizième étage, la vue sur Bangkok fait apparaître des juxtapositions de zones en bon état et de zones, disons, plus… délabrées. Comme prévu, je passe l’après-midi à me reposer dans la chambre.

J’ai pris rendez-vous au spa pour la fin d’après-midi. Il faut traverser la rivière dans une petite embarcation fort pittoresque. Tout le monde a l’air de savoir qui je suis et où je vais ; c’est impressionnant. Deux heures plus tard, je flotte sur un petit nuage.

Dîner à l’un des restaurants de l’hôtel, le Verandah, où je me régale d’une soupe à la carotte et à l’orange et d’un Khaw Phad, un plat à base de riz sauté agrémenté de poulet et de crevettes. J’entends parler français (beaucoup), espagnol, allemand, anglais… et peut-être un peu thaï aussi.

Demain, visite rapide de Bangkok.

14 mai 2007

Jour 3

Lundi 14 mai 2007
Bangkok

Je craignais que le décalage horaire ne rende le réveil un peu douloureux mais, une fois passé le petit effort pour m’extirper du lit, tout va bien. Je vais petit-déjeuner au bord de la rivière, où un somptueux buffet est dressé. On y trouve un assortiment de plats occidentaux et orientaux. Les dim sums et les nouilles sont exquis. L’assortiment de fruit frais est étonnant.

À 8h15, comme convenu, Chat m’attend dans le hall. On roule à gauche, à Bangkok. La circulation est assez folklorique. Il n’est pas rare que le chauffeur se mette dans les voies à contre-sens à l’approche d’un carrefour afin de couper en diagonale. C’est un peu à qui se faufilera de la manière la plus futée pour passer devant les autres. Comme tous les lundis, m’explique Chat, la majorité des Thaïlandais porte un polo jaune, en hommage à leur roi, dont c’est la couleur.

Il y a beaucoup de Chinois dans la ville. Chat m’indique qu’ils sont très bien intégrés, et que les Chinoises sont généralement considérées comme plus belles que les Thaïlandaises car elles ont la peau plus claire. Il fait chaud, très chaud ; il y a beaucoup d’humidité et pas un souffle de vent. Chat me dit que c’est pénible pour lui aussi.

Royalpalace1_3Notre première étape est le Grand Palais, un étonnant complexe de résidences officielles et de temples qui fut la résidence officielle des rois de Thaïlande de 1782 au milieu du 20ème siècle, lorsque le roi actuel décida de s’installer ailleurs.

Royalpalace2_3 Chat me fait rigoler parce que chaque fois qu’il évoque le quatrième souverain de la dynastie actuelle, le roi Mongkut, qui occupa le trône de 1851 à 1868, il l’appelle “The King and I”, une référence que l’on ne peut comprendre que si l’on connaît la comédie musicale de Rodgers & Hammerstein inspirée par les mémoires d’Anna Leonowens, qui fut l’une des préceptrices des enfants de Mongkut, dont le fameux Chulalongkorn, qui succéda à son père et fut entre autres l’artisan de l’abolition de l’esclavage. Cela donne des phrases du type “This temple was built by the brother of The King and I”.

Royalpalace3_3 Le Palais Royal est une juxtaposition étonnante de bâtiments, certains typiquement thaïlandais, d’autres inspirés par l’architecture khmer, d’autres encore d’inspiration occidentale. Difficile de tout regarder tellement il y en a. On remarque particulièrement les multiples représentations du Dieu Varuna, qui semble jouer le rôle de protecteur.

Royalpalace4_3 Une fresque gigantesque dépeint le Ramakien, une épopée mettant en scène le roi Rama qui doit sauver son épouse Sita, enlevée par le Thotsakan, le roi des démons. Cette fable est considérée comme une composante séminale de la culture thaï.

Royalpalace5 La pièce maîtresse du complexe est le monastère du bouddha d’émeraude (qui est en réalité en jade). Le bouddha est installé au sommet d’un autel élaboré devant lequel les Thaïlandais viennent se recueillir. Il est revêtu, selon la saison, de l’une de ses trois tenues : hiver, saison des pluies, été. Malheureusement, comme toujours à l’intérieur des temples, les photographies sont interdites.

Royalpalace6_2 Devant le monastère, on peut demander des faveurs à Bouddha en promettant une rétribution en cas de succès. Chat m’explique que si l’on a obtenu ce que l’on a demandé mais que l’on oublie de s’acquitter de sa dette envers Bouddha, on commence à rêver à un éléphant (censé pousser les récalcitrants jusqu’au lieu de leur promesse).

Nous quittons ensuite le Palais Royal pour visiter une immense fabrique de bijoux où l’on travaille toutes sortes de pièces précieuses et semi-précieuses pour les monter en bijoux.

Jimthompson_2 Notre étape suivante est la maison-musée de Jim Thompson, un Américain installé à Bangkok après la seconde guerre mondiale et qui contribua significativement à relancer le commerce de la soie. Thompson acquit six maisons traditionnelles thaï en teck, en fit venir certaines de plusieurs centaines de kilomètres, et se créa un magnifique petit écrin niché dans une verdure luxuriante. La maison, ouverte sur la nature environnante, est surélevée afin de ne pas être affectée par les inondations et les pluies torrentielles. Elle est décorée avec les objets d’art accumulés par Thompson, qui disparut sans laisser de trace lors d’un voyage en Malaisie en 1967. Elle a été conservée intacte ; c’est un petit havre d’élégance et de sérénité.

Il est l’heure de déjeuner. Nous nous dirigeons vers le Spice Market, le restaurant thaï de l’hôtel Four Seasons, qui se situe dans un quartier où se côtoient toutes les enseignes de luxe occidentales. Chat commande beaucoup trop et je suis obligé de me forcer un peu, mais c’est délicieux : phad thaï, poulet aux noix de cajou, brochettes… et pour finir du riz gluant à la mangue assez sublime. Et dire que je pensais ne pas aimer beaucoup la mangue (il paraît que c’est la saison).

Je pose quelques questions à Chat et suis très étonné d’apprendre qu’il a 40 ans. Il en fait dix de moins. Il me dit qu’il a appris l’anglais avec des missionnaires et qu’il n’a jamais visité l’Europe ni l’Amérique. Je suis étonné qu’il parle et comprenne aussi bien l’anglais dans ces conditions. Il me rappelle un guide chinois qui parlait français mieux que moi alors qu’il n’avais jamais quitté la Chine de sa vie.

Lorsque nous quittons le Four Seasons, il y a de la police un peu partout, et notre voiture doit se soumettre à une inspection pour pouvoir venir nous prendre. Chat se renseigne et m’explique que la petite-fille du roi est en train de déjeuner dans l’un des autres restaurants de l’hôtel.

Retour à l’hôtel Oriental en début d’après-midi. Vers 14h30, ma valise perdue arrive de l’aéroport comme promis. Elle porte une belle étiquette rouge “Rush” ; elle a eu droit à un vol direct de Paris à Bangkok, elle.

Je profite de l’après-midi pour me reposer. Le soir, je ne suis pas sûr d’avoir faim, mais je retourne quand même au restaurant Verandah de l’hôtel, où je reprends la délicieuse soupe à la carotte et à l’orange de la veille. Puis, je me laisse tenter par un sandwich au homard, qui arrive recouvert de cheddar — un sacrilège pas si désagréable au fond… et je reprends du riz gluant à la mangue, comme à midi…  Un vrai régal.

Pendant le dîner, j’observe le ballet des bateaux illuminés sur la rivière et je songe aux hôtes illustres de l’hôtel qui ont fréquenté cette même terrasse, à commencer par Noël Coward, mais aussi Somerset Maugham, Graham Greene ou encore Joseph Conrad (des suites de l’hôtel portent leurs noms). Un peu plus tard, dans le hall où joue un trio à cordes, je ferme les yeux et imagine les allées et venues des élégantes en robe blanche à l’ouverture de l’hôtel dans les années 1860.

De retour à ma suite, je règle les détails de mon départ plus que matinal avec le majordome et me prépare à me coucher très tôt en sirotant une camomille.

15 mai 2007

Interruption des programmes

La connexion Internet de mon lieu de sejour est vraiment trop lente pour que je puisse continuer a mettre a jour ce carnet en temps reel. Je vais donc le tenir off-line en attendant d'avoir acces a une connexion decente.

Je suis arrive au Bhoutan. Parler de depaysement serait encore aasez loin de la verite...

Jour 4

Mardi 15 mai 2007
Bangkok – Paro

Comme je l’ai demandé, le téléphone sonne à 2h30 du matin pour me réveiller ; on m’apporte un jus d’orange et un café à 3h ; et je descends à la réception vers 3h20 pour procéder au check-out. Dans le hall, surprise : les employés portent tous des masques à gaz ! Chat m’expliquera cinq minutes plus tard que c’est parce que l’on est en train de désinsectiser. Je retrouve une dernière fois mes compagnons, qui me conduisent à l’aéroport, où un représentant de Aman Resorts, “Monsieur Derek”, m’attend avec mon billet d’avion et la confirmation de mon visa. Il s’occupe lui-même de l’enregistrement pendant que j’échange quelques derniers mots avec Chat, qui me donne des conseils sur les destinations que j’ai en tête pour l’année prochaine.

Le Bhoutan n’est desservi que par la compagnie nationale, Druk Air, dont les trois ou quatre appareils assurent des liaisons régulières avec Bangkok et avec Delhi. Mon vol, KB 123 (KB comme Kingdom of Bhutan, bien sûr — j’ai mis un moment à trouver), décolle de Bangkok à 5h50 (quelle idée…) et met environ 5h30 à relier Paro, site du seul aéroport international du royaume, après deux stops à Dhaka (la capitale du Bangladesh) et à Gaya (en Inde). Avec le décalage horaire d’une heure, cela fait arriver vers 10h20.

J41 Comme je suis un peu en avance à l’aéroport, on m’invite à utiliser le Sky Lounge, un salon qui sert notamment à Air France et qui est d’ailleurs aménagé avec du mobilier et de la vaisselle de la compagnie française. Je m’installe à l’un des ordinateurs, commence à taper l’adresse permettant d’accéder à la messagerie de mon entreprise depuis l’extérieur… et ai la surprise de voir le navigateur compléter tout seul : l’un de mes collègues français est donc déjà passé par cet aéroport pourtant tout récent, et il a utilisé ce même ordinateur !

À bord de l’Airbus A319 de Druk Air, je retrouve l’équipement habituel d’une compagnie internationale. J’ai déjà vu les fauteuils de la classe affaires quelque part ; je pense que c’était sur Thaï Airways. Le service est attentif et efficace. Je prends le petit-déjeuner mais refuse la collation qui est servie entre Gaya et Paro. Un groupe de moines bouddhistes qui ont embarqué à Bangkok (le chef voyage en classe affaires ; les autres, à l’arrière) quittent l’appareil à Gaya. Nous sommes en tout quatre passagers pour vingt fauteuils en classe affaire.

L’arrivée au Bhoutan est pittoresque en diable. Nous apercevons plusieurs sommets enneigés avant d’atterrir. L’aérogare, construit dans le style traditionnel du pays, donne tout de suite le ton. Je suis le premier à descendre. La dame de l’immigration me tamponne mon visa dans mon passeport, et je récupère mes valises assez rapidement. À la sortie, un jeune homme m’attend avec une pancarte “Amankora”. Il s’appelle Kinley et sera mon guide jusqu’à mon départ. Il est accompagné de notre chauffeur, Chincho.

Amankora est le nom de l’implantation de la chaîne Aman Resorts au Bhoutan. Ce n’est pas un hôtel unique, mais un réseau de quatre “lodges” (deux autres sont en construction) entre lesquelles les clients peuvent faire des circuits.

Il n’y a qu’une trentaine d’années que le Bhoutan s’est ouvert au tourisme étranger. Le quatrième roi du Bhoutan, qui vient de passer la main à son fils en décembre 2006, a été une force motrice de l’ouverture indispensable du Bhoutan au reste du monde, mais il a réussi à conserver un bon équilibre afin que l’identité nationale reste forte et ne soit pas trop diluée par les apports étrangers.

Le Bhoutan a connu une histoire mouvementée et a été unifié au début du 20ème siècle par le premier roi, aïeul du roi actuel. “Penlop” (gouverneur) de la région de Tongsa au centre du Bhoutan, il se fit reconnaître roi du pays par l’ensemble des autorités religieuses et civiles en 1907 et mit en place un régime de monarchie héréditaire absolue. Le quatrième roi a mis progressivement en place tous les ingrédients pour transformer le royaume en une monarchie constitutionnelle parlementaire.

Kinley et Chincho portent le costume traditionnel, comme la plupart de leurs compatriotes — c’est obligatoire pour pénétrer dans les édifices officiels, et c’est devenu une habitude dans la vie quotidienne. Pour les hommes, il s’agit d’une sorte de tunique, le gho, qui s’arrête juste au-dessus des genoux et dont les manches repliées aux extrémités font apparaître de larges bandes blanches ; elle est généralement complétée par des chaussures et de très hautes chaussettes. Ça a beaucoup d’allure. Les femmes portent une robe qui leur arrive aux chevilles.

J42 Le trajet de l’aéroport au premier de mes quatre points de chute, Amankora Paro, confirme le total dépaysement auquel je m’attendais. À peine avons-nous quitté l’aéroport que je demande à Chincho de s’arrêter pour que je puisse photographier le “dzong” de Paro, la forteresse locale.

J43_2 La bande goudronnée est étroite et ne permet pas de se croiser sans déborder sur le bas-côté.  Il faut fréquemment slalomer pour éviter chevaux, vaches, chiens et autres créatures diverses. Les maisons sont toutes construites dans le style traditionnel du pays, même les plus récentes, avec de magnifiques façades décorées. Un rez-de-chaussée pour le bétail (ou, dans les villes, pour les boutiques) ; un premier étage d’habitation ; et une zone ouverte sous le toit qui sert à entreposer diverses choses et à faire sécher la viande et le grain.

J44 L’hôtel est un peu en-dehors de la ville, au milieu d’une pinède. L’architecture est superbe. Je suis accueilli par le directeur, un Canadien me semble-t-il. Le personnel me remet serviettes humides, boisson d’accueil (un thé au lait typique) et une écharpe locale en cadeau de bienvenue. La construction de l’hôtel a été assez complexe, mais le résultat est somptueux. Toutes sortes d’essences de bois partout ; un salon installé derrière d’immenses baies vitrées qui ouvrent une vue superbe sur la vallée avec, au fond, un sommet enneigé.

J45 Ma chambre, la n°2, est magnifique : très haute de plafond, elle est couverte de panneaux de bois. Au milieu de la gigantesque salle de bains trône une baignoire placée face à une très grande fenêtre donnant sur la nature environnante.

J46 Je retrouve Kinley et Chincho vers 14h pour une première petite visite. Nous commençons par le village de Paro, que nous avons déjà traversé en venant de l’aéroport, et où je veux prendre des photos. Nous visitons quelques boutiques, visiblement bien approvisionnées. Kinley m’explique que la plupart de la marchandise vient d’Inde, un pays avec qui le Bhoutan entretient des relations plus que cordiales. 90% de la population du Bhoutan vit en autosubsistance de l’agriculture. On voit donc des champs partout, en particulier de riz rouge. Kinley m’assure que les paysans sont prospères et qu’ils peuvent donc acheter ce dont ils ont besoin dans les boutiques.

J47 La quantité de chiens est hallucinante. Ils sont d’un calme olympien et semblent passer le plus clair de leur temps à dormir. On voit aussi beaucoup de marijuana, qui sert essentiellement à nourrir les cochons.

J48 Nous allons ensuite visiter les ruines d’une forteresse, le Drukgyel Dzong, bâtie en 1649 pour célébrer une victoire sur les armées tibétaines et malheureusement détruite par un incendie en 1951. Comme toutes les ruines, c’est fort pittoresque… et le point de vue sur les paysages environnants est imprenable.

J49 Retour à l’hôtel, où je prends un bain en regardant la végétation… puis je me rends au spa pour un traitement intitulé Reiki qui n’est pas un massage mais une action sur les chakras. J’en sors étonnamment serein. Il est l’heure de dîner. Le restaurant propose un menu indien en six plats, qui est délicieux.

En rentrant dans ma chambre, je trouve sur mon lit un livre historique sur le Bhoutan. Je tombe de sommeil et m’endors comme une masse.

16 mai 2007

Jour 5

Mercredi 16 mai 2007
Paro

J51 Démarrage à 9h après un délicieux petit-déjeuner. Kinley et Chincho m’attendent pour attaquer une randonnée menant au Taktsang Goempa, surnommé le “Nid du Tigre”, un monastère accroché au flanc de la montage à 3000 mètres d’altitude (en partant d’environ 2400 mètres). Je sais que j’aurai sans doute du mal, mais nous nous sommes mis d’accord pour y aller doucement. Malheureusement, au bout d’un moment, mes poumons me lâchent et je sens l’oxygène me manquer. Nous faisons une grande pause pour que je reprenne mes esprits, puis je dis à Kinley que je préfère redescendre. En chemin, nous croisons aussi bien des randonneurs étrangers que des Bhoutanais de tous âges qui vont au monastère. L’une des randonneuses avec qui je discute me dit que je n’aurais pas dû essayer cette montée le lendemain de mon arrivée et me conseille de réessayer plus tard ; on verra. La ballade valait quand même le coup ; les points de vue sur la vallée sont magnifiques.

Nous allons ensuite visiter le Musée National, qui a été installé dans une très belle tour de garde circulaire du 7ème siècle, le Ta Dzong, qui domine le village. On peut y voir toutes sortes d’objets de la vie quotidienne, d’armes, de représentations religieuses,… Kinley me fournit une quantité impressionnante d’informations. Il fait de son mieux, en particulier, pour m’expliquer la pratique religieuse bhoutanaise, qui mêle le bouddhisme tibétain et le culte des divinités locales.

J52 Puis nous allons pique-niquer à quelques kilomètres au bord de la route. L’hôtel a préparé des plats bhoutanais : une soupe de courge, un ragoût de légumes avec du riz… et quelques biscuits exquis pour accompagner le thé. Quelques chiens s’approchent timidement. Ils attendront que nous soyons partis pour manger les quelques miettes laissées dans l’herbe.

J53 Notre prochaine étape est le dzong local, grosse forteresse carrée servant de siège tant aux représentants locaux du gouvernement qu’aux autorités monastiques. Kinley doit compléter son costume traditionnel par une écharpe portée en diagonale sur le torse avant d’y pénétrer ; c’est la loi. Il m’explique que la couleur de l’écharpe indique le rang dans la société bhoutanaise : le roi porte du jaune ; les seigneurs et les chefs religieux, de l’orange ; les dignitaires locaux, du rouge ; les juges, du vert… et le commun des mortels, du blanc.

J54_2 Le dzong est un bâtiment carré organisé autour d’une tour centrale. L’intérieur est un plaisir pour les yeux : bois décoré, fresques un peu partout… C’est un lieu animé, où les citoyens viennent réaliser les formalités de la vie quotidienne. Une partie du bâtiment sert aussi d’école monastique pour des enfants de six à sept ans.

J55 Comme le bâtiment est en hauteur, on y découvre une vue magnifique sur la vallée et, en particulier, sur le palais de la Reine Mère, légèrement en contrebas.

J56 Nous descendons à pied du dzong au village, en traversant un pont de bois d’où flottent de nombreux drapeaux de prière (il y en a beaucoup partout), puis nous rentrons à l’hôtel. Nous mettons au point les détails de la journée de demain, puisque nous devons quitter Paro pour la seconde étape de mon périple, Punakha.

Je me repose de la journée jusqu’au soir, où je me contente d’un dîner léger. Comme la connexion Internet est instable sur l’unique ordinateur destiné aux clients, on me propose d’utiliser l’un des ordinateurs du personnel. J’en profite pour jeter un coup d’œil au tableau d’occupation de l’hôtel, et je suis heureux de voir que j’ai déjà été intronisé “Amanjunky”, le nom réservé aux clients fidèles d’Aman Resorts, compte tenu de mon passage à Amanpulo, aux Philippines, en 2006.

Le cadeau du jour est une paire d’adorables petites cymbales reliées par un lacet. Elles émettent un son cristallin parfaitement adapté à la méditation.

17 mai 2007

Jour 6

Jeudi 17 mai 2007
Paro – Punakha

C’est aujourd’hui qu’a lieu la première transhumance de mon séjour. Nous devons en effet rejoindre le “lodge” de Punakha, à plus de 5 heures de route de celui de Paro. Nous avons cependant décidé de ne partir qu’à 11h, car la route entre Paro et Thimphu (la capitale) est en travaux et elle n’est ouverte à la circulation que durant trois fenêtres d’une heure chaque jour.

J61 Le Bhoutan est essentiellement une succession de vallées grossièrement orientées nord-sud. On voyage de vallée en vallée en passant des cols plus ou moins hauts.

Avant le départ, j’ai droit à une bénédiction par un moine bouddhiste. Il déclame quelques mantras, me remet de l’eau bénite au creux de la main pour que je m’en asperge, jette du riz aux quatre vents, promène des bâtonnets d’encens et me passe autour du cou une sorte de lacet dont Kinley me dit que je peux le garder aussi longtemps que je le souhaite. Si je souhaite m’en défaire, en revanche, il faut que je le jette dans une rivière — pour que son effet bénéfique se répande largement.

J62 Nous nous mettons donc en route. Vers midi, nous sommes arrêtés car la route n’est pas encore ouverte. Elle ouvrira à 12h30. Les voitures patientent sagement ; les conducteurs discutent entre eux. Il y a deux autres voitures d'Aman Resorts dans la file d’attente, mais il s’agit de passagers tout juste sortis de l’avion et qui se rendent directement au “lodge” de Thimphu. À l’heure dite, la caravane se met en route et notre véritable périple commence.

J63 Ce n’est pas 5 heures, mais 6 heures et demi que nous mettrons finalement. Dans un premier tronçon en direction de Thimphu, la route est complètement en travaux. Nous voyons surtout des Indiens à l’œuvre. Kinley m’explique que le gouvernement bhoutanais a passé un contrat de très longue haleine avec une société indienne, Dantak, pour créer ou remettre en état l’infrastructure routière du royaume. Il n’y a en effet pas de main d’œuvre qualifiée pour l’instant au Bhoutan, même si des instituts de formation ont été créés. Il y aurait en tout 17 000 Indiens au Bhoutan (qui compte 700 000 habitants). La société Dantak a créé ses propres écoles et ses propres hôpitaux compte tenu de la quantité de salariés qu’elle emploie. Les ouvrier indiens qui travaillent au Bhoutan gagnent apparemment mieux leur vie que dans leur pays. Comme Kinley me l’explique, “on reconnaît les Indiens au fait qu’ils se rapprochent instinctivement des cours d’eau”.

À beaucoup d’égards, l’Inde est le grand frère bienveillant du Bhoutan. L’Inde fournit au Bhoutan nombre de biens manufacturiers que le pays ne produit pas. Les citoyens indiens peuvent entrer et circuler librement au Bhoutan. Une partie des Bhoutanais comprend l’hindi. Les relations sont un peu moins chaleureuses avec le voisin du nord, le Tibet, même si des améliorations sont perceptibles. On ne peut exclure que la Chine ait un jour envie d’annexer ce petit pays comme elle l’a fait avec le Tibet, mais il faut espérer que la crainte de la réprobation internationale soit assez forte pour l’empêcher.

J64 Un peu avant d’arriver sur Thimphu, nous obliquons vers Punakha. Le reste du voyage consiste à monter jusqu’à un col, le Dochu La, à 3050 mètres d’altitude, puis à redescendre jusqu’à 1300 mètres de l’autre côté. Juste avant le col, nous passons un “checkpoint” où il faut montrer un permis pour pouvoir poursuivre son chemin. La route est en meilleur état, mais elle n’est pas très large et il faut en permanence ralentir, voire s’arrêter sur le bas-côté, pour croiser le trafic qui vient en sens inverse. À deux reprises, nous voyons des camions qui ont basculé dans le bas-côté. Kinley m’explique que certains chauffeurs sont jeunes et inexpérimentés et qu’il leur arrive de commettre des imprudences.

J65Nous croisons une camionnette DHL. Ils sont vraiment partout.

Chincho, notre chauffeur, est un expert. Je me sens parfaitement en confiance… et je suis un peu soulagé de voir qu’aucune trace de mal de mer ne se manifeste alors que nous passons plus de 6 heures sur des routes en lacets plus ou moins accidentées. Je pense que la suspension du 4x4 Honda dans lequel nous voyageons y est aussi pour quelque chose.

J67 Une autre raison pour laquelle je ne vois pas passer le temps est la remarquable variété de paysages que nous traversons, les différents types de végétation, les cultures en étage… et bien sûr les bâtiments dans ce style bhoutanais qui me fascine toujours autant. Il y a toujours quelque part un temple accroché à flanc de montagne, un “dzong”, un “stupa”, un “chorten”, un pont en bois ou une autre curiosité qui fait de chaque point de vue un paysage de carte postale.

J66_2 Pour le déjeuner, nous pique-niquons dans le “Royal Botanical Garden”, fort paisible. (À gauche sur la photo : Chincho ; à droite : Kinley. Chincho a rabattu le haut de son “gho” autour de sa taille pour avoir moins chaud ; Kinley est dans un état intermédiaire.)

J68 Nous passons le col du Dochu La et ses 108 “stupas”. Le nombre 108 a une signification précise dans le bouddhisme bhoutanais. Kinley mettra bien dix minutes à m’expliquer pourquoi.

J69 Nous finissons par arriver à Punakha, où Kinley me montre les deux ou trois monuments que nous visiterons le lendemain. Nous passons le “dzong” local, un monument d’une majesté extraordinaire qui me met les larmes aux yeux. Au loin, Kinley pointe une bâtisse blanche : c’est une “ferme” appartenant à la princesse Ashi Pem Pem, qui le loue à Aman Resorts. Et c’est donc là que nous nous rendons.

J69b L’arrivée à l’hôtel pourrait difficilement être plus pittoresque. On se gare sur la rive de la rivière locale, le Mo Chhu ; on traverse à pied un pont suspendu en bois couvert de drapeaux de prière ; puis on prend une sorte de chariot de golf qui monte un petit chemin en lacets jusqu’à la fameuse “ferme”, qui abrite les parties communes de l’hôtel : la salle à manger, les salons, etc. La vue sur la vallée environnante est exceptionnelle. Quelques bâtiments récents ont été ajoutés : ils abritent les 8 chambres/suites de l’hôtel, qui sont quasiment identiques à celles de Paro — si ce n’est qu’elles sont climatisées. Ce qui n’est pas luxueux car il fait nettement plus chaud à cette altitude.

J610 Le soir, un groupe de villageois locaux fait une démonstration de danse dans la cour de la ferme, où deux grands brasiers ont été dressés. J’y déguste un menu typiquement bhoutanais dont je me régale, et qui inclut le fameux “thé au beurre”. Le curry de yak est de loin le meilleur plat ; la viande est très goûteuse. C’est malheureusement aussi le plat le plus épicé, même si le personnel m’assure que les recettes tentent de s’adapter aux estomacs étrangers. Les Bhoutanais, me dit l’un des serveurs, mangent du piment comme nous mangeons du brocoli. J’aimerais bien que mon estomac fasse aussi peu de différence.

Ce soir, ce sont des drapeaux de prière et un paquet de bâtonnets d’encens qui m’attendent sur mon lit en guise de cadeau.

18 mai 2007

Jour 7

Vendredi 18 mai 2007
Punakha

J71 La journée est consacrée à la visite des merveilles architecturales de Punakha. Avant de démarrer, j’accroche les drapeaux de prière qui m’ont été remis la veille au pont suspendu qui enjambe le Mo Chhu. Kinley m’explique qu’il est bon que les prières soient au vent pour que leur effet bénéfique se répande le plus possible. Comme d’autres aspects du bouddhisme qu’il m’a expliqués, l’idée est poétique.

J72 Notre première étape est le dzong de Punakha, aussi appelé Phunthang Dewachenpoi Phodrang. Encore une fois, la vue du bâtiment me donne des frissons. La forteresse est située au confluent des rivières Mo Chhu (la Mère) et Pho Chhu (le Père). Il date de 1638 et sert, comme tous les dzongs, de siège aux administrations civiles et cléricales. C’est d’ailleurs le quartier d’hiver des moines, qui y sont présents par centaines pendant les mois d’hiver. Pour y accéder, on traverse un pont de fortune... en attendant que le pont tout nouveau en cours de construction ne soit achevé.

J73 À l’intérieur, je vais d’émerveillement en émerveillement. Kinley me confirme que les peintures et décorations sont refaites régulièrement, ce qui explique leur état impeccable. Nous visitons plusieurs salles, dont l’une a accueilli la première assemblée nationale, créée en 1961. Nous entrons également dans le temple, où trônent de gigantesques statues du Bouddha et de deux de ses acolytes le plus fréquents, dont le fameux Guru Rimpoche, que le Bhoutanais considèrent comme leur deuxième Bouddha.

J74_2 Nous nous dirigeons ensuite vers le Chimi Lhakhang, un monastère construit au 15ème siècle en l’honneur de Lam Drukpa Kuenley, un professeur qui contribua à la vulgarisation du bouddhisme grâce à des méthodes provocatrices peu habituelles impliquant beaucoup de filles et d’alcool. Pour une raison que Kinley n’arrive pas à m’expliquer très clairement, c’est à cause de lui que l’on peint des phallus sur la façade des maisons pour se protéger des forces du mal.

J75 Le monastère revêt une importance particulière pour Kinley car c’est là que ses parents l’ont amené pour être béni après sa naissance, notamment parce qu’un premier fils était mort. C’est pour ça qu’il s’appelle Kinley : tous les nouveaux-nés bénis dans ce monastère prennent le nom soit de Kinley (celui en l’honneur de qui il a été bâti), soit de Chimi (le nom du lieu). Ils doivent ensuite retourner au monastère au moins une fois par an. Kinley est très heureux que son métier de guide lui permette d’y retourner bien plus souvent. Le monastère est associé notamment à la notion de fertilité, et c’est pour cela que des couples qui souhaitent avoir des enfants viennent s’y faire bénir, parfois d’aussi loin que l’Inde. Nous croiserons d’ailleurs un couple indien en repartant du monastère.

J75b Nous nous rendons au monastère à pied à travers les rizières en étages. La promenade est délicieuse malgré la chaleur accablante. L’une des parcelles a été plantée : Kinley me dit que c’est la première qu’il voit cette année ; c’est plutôt en juin qu’a lieu la culture du riz. Nous montons ensuite une petite colline au sommet de laquelle se trouve le monastère. Kinley s’y recueille et fait tourner tous les moulins à prière. Dans le temple lui-même, de nombreux enfants destinés à devenir moines récitent ou lisent des prières à haute voix. L’ambiance est assez saisissante. Kinley demandent que nous soyons bénis avec ce qui est considéré comme l’arc de Lam Drukpa Kuenley. On nous remet aussi un peu d’eau bénite — je sais maintenant quoi en faire.

J76_3 Il est ensuite temps de déjeuner et nous nous installons sur un terrain qui jouxte le collège de Punakha au bord de l’eau, juste en face du dzong. C’est un endroit idéal pour s’installer sur l’herbe et déguster le pique-nique bhoutanais.

J77_2 Après manger, nous nous dirigeons vers le temple Kamsun Yuelley Namgyal Chorten, de construction récente, qui est perché sur une colline et à côté duquel le roi actuel a assez curieusement choisi d’établir sa résidence lorsqu’il est à Punakha. C’est un magnifique temple dédié à la paix, la stabilité et l’harmonie auquel on accède en environ 45 minutes de marche. La montée serait plus agréable s’il ne faisait pas si chaud. Je suis rassuré de voir que même Kinley transpire. Il a rabattu autour de sa taille la partie haute de son gho, ce qui lui permet d’être en t-shirt, comme moi. Bien entendu, il se réajuste toujours avant de pénétrer dans les temples et monastères… sans parler des dzongs, bien sûr, où il doit en plus rajouter son écharpe.

J78 Nos efforts sont récompensés non seulement par les paysages que nous découvrons au fur et à mesure que nous montons, mais aussi par l’arrivée au temple, magnifique. Kinley doit aller chercher le gardien pour qu’il nous ouvre la porte, derrière laquelle se trouve un autel gigantesque à quatre faces qui rend hommage à de très nombreuses divinités. Il y a deux étages au-dessus, où se trouvent également des autels.

J79 La descente est plus agréable car le vent s’est levé. Nous reprenons une dernière fois la voiture pour revenir à l’hôtel. Il n’est pas très tard mais la journée a été riche.

J710 Je profite du temps dont je dispose pour me faire masser au spa de l’hôtel — oui, il y a un spa pour 8 chambres… Mon masseur est superbement doué ; il termine aussi par une action sur les chakras. Je me sens merveilleusement bien.

Je choisis un dîner un peu plus léger : salade verte et risotto à la courge… mais je craque pour les truffes au chocolat recouvertes d’une boule de glace vanille : un régal. Je demande aussi à goûter un morceau de ce fromage local que l’on m’a servi fondu sur l’omelette du petit-déjeuner et sur le risotto du dîner. C’est un fromage de brebis cuit (ou séché), très goûteux.

Ce soir, mon cadeau est un petit rectangle tissé qui pourra servir de marque-page.

19 mai 2007

Jour 8

Samedi 19 mai 2007
Punakha – Gangtey

J81 Je retrouve mes compagnons à 9h30 comme prévu pour la deuxième transhumance du séjour, qui doit nous mener à Gangtey, dans le centre du pays. Nous nous arrêtons d’abord au marché de Punakha, qui se tient tous les week-ends, et où les paysans viennent vendre leurs fruits et légumes. Il y a bien sûr beaucoup de poivrons/piments (je ne suis pas très sûr du nom français), le légume national.

J82 En chemin, nous voyons des paysans en train de planter du riz. Kinley m’explique qu’en vertu d’un système de solidarité, l’ensemble des fermiers d’une région vient planter un champ un jour, avant de passer au suivant le lendemain, etc. Celui qui bénéficie de l’aide de ses voisins doit les nourrir.

J83 Notre route nous mène d’abord au village de Wangdi, où se trouve un nouveau “checkpoint” où notre permis est contrôlé. Kinley m’explique que le village est en train d’être déplacé vers un nouveau site financé par la Banque Mondiale, mais les choses ne vont pas très vite, pour diverses raisons.

J84 Le dzong local, le Wangdiphodrang Dzong, perché au sommet de la colline est tout aussi impressionnant que les autres. Il a été bâti en 1639 par le même architecte que le dzong de Punakha. L’intérieur est calme car c’est samedi, et les administrations sont fermées. Kinley m’explique que c’est l’une des raisons pour lesquelles il est intéressant de travailler pour le gouvernement : bon salaire, et pas de travail le week-end.

J85 Comme dans tous les dzongs, une partie du bâtiment est réservée aux moines. Nous entrons dans l’une des salles d’étude où des enfants de tous âges — certains très jeunes — psalmodient des mantras.

J86Aux abords du dzong, deux équipes s’adonnent au sport national, le tir à l’arc, en utilisant des arcs “modernes”. Les Bhoutanais ont atteint un tel niveau d’excellence qu’ils tirent sur une cible minuscule placée à 120 mètres environ. Lorsqu’un archer atteint la cible, son équipe entonne un chant de victoire. On tire en alternance depuis chaque extrémité du terrain ; cela me semble miraculeux qu’il n’y ait pas plus d’accidents, car le terrain n’est pas du tout balisé et se trouve au bord du chemin sur lequel nous passons. Mais, en regardant de près l’une des cibles, je me rends compte que les flèches qui l’ont manquée sont plantées à quelques centimètres à peine : sacrés tireurs !

J86b Nous reprenons ensuite notre route pour monter jusqu’au col de Lawa La à presque 3400 mètres d’altitude, pour redescendre sur la vallée glacière de Gangtey, où se trouve le troisième “lodge”. La route est un peu plus chahutée et, une fois encore, Chincho s’en sort comme un chef. La vallée de Gangtey se trouve à environ 3000 mètres d’altitude. Son origine glacière est visible à sa forme en U assez large avec un plancher très plat. Le panorama, encore une fois, est splendide. La route est bordée de bambous nains. C’est dans la vallée de Gangtey qu’un groupe de 200 à 3000 grues à col noir (black-neck cranes) venant du Tibet vient passer l’hiver chaque année. Elles sont bien sûr reparties depuis longtemps.

J87_2 Avant de rejoindre l’hôtel, nous allons visiter le temple local, le Gangtey Goemba, en pleine restauration. Les menuisiers, charpentiers, peintres sont à l’œuvre pour mener ce travail gigantesque, qu’ils essaient de finir à temps pour les festivités de 2008 (centenaire de la monarchie et intronisation du cinquième roi). En fait, ils reconstruisent le bâtiment complètement à l’identique. Il ne doit pas rester grand chose du bâtiment d’origine.

J88 Nous franchissons sans remords un panneau “Strictly No Entrance” pour jeter un coup d’œil au chantier, à l’intérieur. Je regarde, fasciné, les peintres qui dessinent la décoration minutieuses sur l’une des balustrades en bois. Il y a une drôle d’odeur : je pense qu’ils mettent de la bouse de vache dans leur peinture.

J89Nous nous dirigeons ensuite vers l’hôtel, le plus récent, qui propose huit chambres dans un bâtiment à flanc de colline avec une vue saisissante sur la vallée et sur le Gangtey Goemba. La vallée n’est pas desservie par des lignes électriques. Les paysans locaux utilisent des cellules solaires que le gouvernement bhoutanais propose à des prix intéressants. L’hôtel, lui, a son propre générateur. Ma chambre, la numéro 3, est sur un modèle un peu différent de celles de Paro et Punakha, mais on y retrouve le même mobilier et les mêmes éléments de décoration.

J810 Il est encore tôt dans l’après-midi. Je m’installe confortablement le long des baies vitrées de la salle commune en parcours quelques livres et magazines mis à la disposition des clients. Je m’arrête en particulier sur un livre de photos sur le Bhoutan publié par Aman Resorts et qui fait notamment référence au film Little Buddha de Bernardo Bertolucci, tourné en partie au dzong de Paro. Et dire que je ne l’ai pas vu.

Pour le dîner, difficile d’échapper à une discussion avec d’autres résidents puisqu’il n’y a que deux grandes tables de huit. Il y a trois autres chambres occupées. Je me retrouve assis à proximité d’un couple du Connecticut qui effectue sa lune de miel. Je suis bien obligé d’engager la conversation, mais je n’en ai pas très envie — je ne suis pas sûr qu’eux-mêmes en aient très envie. À la table d’à côté, deux mamies-rafting du Colorado, que j’ai déjà repérées à Punakha, discutent avec un jeune couple londonien.

Sur mon lit, ce soir, je trouve deux cailloux sur lesquels un artiste local a dessiné les fameuses grues à col noir .

20 mai 2007

Jour 9

Dimanche 20 mai 2007
Gangtey

J91 Grand bol d’air frais aujourd’hui. Nous nous sommes mis d’accord avec Kinley pour faire une promenade de deux heures environ qui part des environs du Gangtey Goemba et qui descend gentiment jusqu’au plancher de la vallée, à un endroit où se trouve un collège. La température est idéale et, contrairement à l’impression que j’avais en quittant l’hôtel, je n’ai pas le souffle court du tout malgré l’altitude. Nous descendons à travers de l’herbe à vache, puis dans un sous-bois à la base de la colline où se trouve le temple, puis le long des marécages qui constituent l’essentiel de la vallée et où les grues viennent s’installer pendant l’hiver. Il faut de temps en temps passer sur des sortes de petits ponts en bois qui enjambent des zones marécageuses. Je plante mon bâton de marche dans l’une des zones humides : il s’enfonce comme dans du beurre.

J92 Il y a pas mal de bestioles, mais je suis surpris et soulagé de constater que, comme les chiens, elles ne font montre d’aucune agressivité à mon endroit. Pendant une pause, je me rends compte qu’il y a une bonne trentaine de bestioles vertes qui ressemblent un peu à des coccinelles en train de grimper sur le t-shirt de Kinley. Il n’y en a presque aucune sur moi ; peut-être parce que je porte du marron et lui du blanc ? Il me dit qu’il a l’habitude. En tout état de cause, les petites bébêtes sont totalement inoffensives.

J93 Nous retrouvons Chincho à l’endroit convenu. La promenade m’a tellement plu que je demande à Kinley si nous pouvons rentrer à l’hôtel à pied plutôt qu’en voiture comme prévu. Nous prenons un thé et, avant de repartir, Kinley me propose une partie de fléchettes, que j’accepte volontiers.

J94 Il sort du coffre de la voiture deux cibles de peut-être 20 cm de largeur qu’il plante… à 20 mètres l’une de l’autre… et il me tend des grosses fléchettes bien plus imposantes que celles des pubs anglais. Il faut donc viser la cible de 20 cm de large à 20 mètres de distance ! Deux points si la fléchette se plante dans la cible (sauf si l’un des autres participants fait de même), un point si la fléchette touche la cible puis s’en détache, un point si la fléchette tombe à moins d’une fléchette de distance de la cible. Le premier à atteindre un certain nombre de points gagne. Malgré mes efforts, je n’arrive pas à mettre une seule fléchette dans la cible au cours des cinq parties que nous ferons, Kinley, Chincho et moi. Je m’amuse malgré tout beaucoup… et je suis admiratif des talents de mes compagnons. Quelques jeunes moines s’installent pour nous regarder ; je leur fais signe de s’éloigner un peu car mes fléchettes partent parfois un peu dans tous les sens. Ma totale incompétence a l’air de les surprendre, mais cela ne m’empêche pas de passer un bon moment.

J95 Nous finissons par repartir, Kinley et moi, pour deux heures exquises de marche en direction de l’hôtel. Nous suivons des routes goudronnées la plupart du temps, mais il n’y a aucune circulation. Au bout d’un moment, Kinley m’avoue que les cibles que nous avons utilisées sont volontairement agrandies pour que les novices ne se sentent pas trop ridicules. On joue en réalité avec des cibles beaucoup moins larges, environ 10 cm. D’ailleurs, alors que nous arrivons à proximité de l’hôtel, nous retrouvons Chincho, qui a enlevé son gho, en train de jouer avec trois compères sur des petites cibles. Leur habileté est étonnante. Je peux comprendre qu’on arrive à viser une cible avec un arc et une flèche… mais lancer une fléchette à 20 mètres sur une cible de 10 cm de large me semble relever de la sorcellerie.

J96 Nous arrivons à l’hôtel en début d’après-midi. Après un long bain avec vue sur la vallée, je vais lire dans la salle commune, en m’allongeant comme la veille en face du Goemba. Je me souviens soudain que j’étais censé déjeuner à l’hôtel, puisque nous devions normalement revenir en voiture de la vallée. Je dis au personnel que, du coup, je dînerai tôt, dans une tentative désespérée pour échapper aux autres clients de l’hôtel. Kinley m’a en effet informé que l’hôtel allait être plein, ce soir. Huit chambres, ce n’est pas énorme, mais c’est beaucoup trop pour moi. Je ne suis pas venu dans une des vallées les plus reculées de l’un des pays les moins accessibles du monde pour entendre des touristes américains s’ébahir que la sœur de l’une travaille dans la ville où l’autre a fait une partie de ses études.

Un peu avant 18h, un groupe se forme dans le salon. Un homme commence une sorte de conférence sur le thé pour quelques-uns des clients de l’hôtel, tous américains. Il est assez rare que les gens me soient instinctivement violemment antipathiques, mais c’est son cas. Je ne sais pas ce qui m’agace le plus, de sa façon faussement modeste de déverser son savoir ou de l’espèce de béatitude avec laquelle son public suit ses explications, qu’il accompagne d’un diaporama sur son ordinateur portable. Bien entendu, il sert du thé “qu’il a sélectionné lui-même” pendant sa conférence. Plus ça va et plus il m’énerve.

Ça tombe bien, j’avais dit que je prendrais mon dîner vers 18h. Je me régale d’une soupe aux champignons, de sublimes morceaux de porc braisé accompagnés d’une purée de pommes de terre de la vallée (c’est la grande spécialité locale ; on voit des champs de pommes de terre partout) et d’une tourte aux poires accompagnée d’une boule de glace au beurre de cacahuètes. Je retourne m’installer pour continuer ma lecture ; la conférence sur le thé n’est toujours pas terminée. Le conférencier finit de m’indisposer lorsqu’il prononce les mots “tea renaissance”. Je le soufflette mentalement.

Un autre groupe débarque. Mon anti-sociabilité atteint des sommets ; mes paupières sont lourdes, de toute façon. Je prends la direction de ma chambre. J’ai dévoré en deux jours un recueil de nouvelles de David Sedaris intitulé Naked. Sedaris écrit pour le New Yorker des récits qui semblent autobiographiques, quoique vraisemblablement romancés. Cette collection, qui concerne son enfance, est un régal tant par la qualité de son écriture que par son sens de l’humour. Difficile de ne pas exploser de rire toutes les cinq minutes.

Ce soir, ce sont trois morceaux de “chugo” qui m’attendent dans ma chambre. C’est un fromage séché fait à partir de lait de yak, qui est tellement dur que l’on doit le garder longtemps dans la bouche pour le réhydrater avant de pouvoir le mâcher comme un chewing-gum. Je prends un morceau. Après trente bonne minutes dans ma bouche, il est toujours aussi dur…

21 mai 2007

Jour 10

Lundi 21 mai 2007
Gangtey – Thimphu

Après le petit-déjeuner, je retrouve Kinley et Chincho à l’heure désormais canonique de 9h30 pour une nouvelle grande transhumance, puisque nous repartons vers l’ouest en direction de la capitale, Thimphu, ce qui nous amène à refaire en sens inverse une bonne partie de la route faite depuis mon arrivée.

J101 Nous repassons le col de Lawa La et faisons un crochet par le col voisin de Pele La, qui est le seuil entre le Bhoutan occidental et le Bhoutan central, histoire de voir si la vue est dégagée. Malheureusement, elle ne l’est guère… mais nous avons la chance de tomber sur un troupeau de yaks. Kinley est surpris car il pensait que les yaks étaient déjà tous remontés à des altitudes supérieures à cette époque de l’année. Drôle d’animal, le yak : ça doit bien peser dans les 250 kilos, et pourtant ça a une capacité presque surnaturelle à descendre des pentes abruptes avec une grâce étonnante.

J102 En redescendant jusqu’aux environs de Punahka, nous voyons plusieurs singes (Kinley dit “red monkeys” — au centre de la photo). Kinley m’explique qu’ils vivent généralement en groupes de dix ou quinze. Nous en voyons trois assis au bord de la route. Ils ont des têtes adorables. Malheureusement, ils s’en vont avant que je n’aie eu le temps de les photographier. Un peu plus loin, c’est une biche que nous apercevons en contre-haut de la route. Kinley me dit que c’est assez rare, car les biches sont généralement assez peureuses.

Nous laissons Punakha et démarrons l’ascension du col suivant, le Ducha La, qui nous ramènera dans la vallée où se trouve Thimphu. Plus nous approchons du sommet et plus nous sommes dans les nuages. Il ferait presque froid. Comme il est l’heure de déjeuner, nous prenons notre pique-nique dans une salle qu’un restaurant local met à la disposition d’Aman Resorts. On n’y voit rien à deux mètres.

J106 Heureusement, nous retrouvons le beau temps à la descente. Nous finissons par approcher de la ville de Thimphu, capitale du royaume depuis 1951. La ville ressemble beaucoup plus à une ville que tout ce que j’ai pu voir jusqu’à présent, même si tout reste bien entendu aux proportions bhoutanaises. Nous passons toutes sortes de bâtiments officiels, notamment le siège des organismes onusiens. À proximité, un gigantesque hôtel Taj est en construction. Bizarrement, il semble y avoir une proportion moindre de costume national qu’ailleurs, ce qui me semble paradoxal pour la capitale du pays.

J104 Nous nous arrêtons quelques instants pour faire un tour à la Poste centrale, qui a son guichet Western Union et son coin spécial philatélie. Le royaume est en effet très fier de ses timbres, qui couvrent à peu près tous les domaines imaginables, y compris à propos de l’actualité d’autres pays. Il y a pas mal de circulation, et nous devons faire attention pour traverser la rue, ce qui ne nous était jamais arrivé depuis mon arrivée. Kinley me dit que Thimphu est peut-être la seule capitale au monde à ne pas avoir de feux tricolores ; une expérience a été menée, mais elle s’est révélée désastreuse car la plupart des conducteurs ne les comprenait pas. Ce sont donc de bons vieux policiers qui s’occupent de régler la circulation ; leurs gestes sont exquis à observer.

J105 Nous ressortons de la ville pour aller visiter l’un des rares couvents du pays (il y a des femmes moines, mais elles sont peu nombreuses), puis un petit zoo où quelques spécimens de l’animal national, le takin, vivent sereinement dans un enclos. Le quatrième roi a ordonné de relâcher tous les animaux du zoo il y a une trentaine d’année mais les takins, contrairement aux autres espèces, n’ont pas voulu repartir à la vie sauvage ; ils venaient au contraire dans la ville quémander de la nourriture. Le takin est une sorte de grosse chèvre poilue, apparemment cousin de l’antilope. Kinley arrache quelques feuillages qu’il passe à travers la grille : un takin s’approche tout de suite pour manger tout cela goulûment.

J103 Nous nous arrêtons une dernière fois pour découvrir de jolis points de vue sur la ville. Le dzong local abrite notamment les bureaux du roi ainsi que les ministères des finances et de l’intérieur. Les autres ministères sont relégués dans des bâtiments nettement moins jolis à proximité. Juste à côté, un golf de neuf trous, le seul du royaume, construit par des hommes d’affaires japonais avec l’autorisation du roi.

J107 Nous nous dirigeons finalement vers l’hôtel, situé un peu à l’écart de la ville dans ce que Kinley me décrit comme le quartier chic où se trouvent les résidences des ministres, de la famille royale et des riches hommes d’affaires. Contrairement aux trois autres hôtels, celui de Thimphu a une façade blanche et non en bois.

Petit loupé à l’arrivée car le comité d’accueil n’est pas là pour m’accueillir, contrairement aux autres étapes. Ce sera vite réparé et, conformément au protocole de tous les hôtels, on m’installe au salon pour me servir une boisson tandis que je suis accueilli par le directeur général d’Aman Resorts au Bhoutan, John Reed, avec qui je discute un moment. On me conduit à ma chambre, la numéro 16, au bout du bâtiment. Les chambres, à Thimphu, sont identiques à celles de Gangtey ; pas de surprise, donc.

À l’étape de Thimphu, le chef propose de la cuisine Thaï ou occidentale. Je choisis deux plats dans ce qui est présenté comme un menu “dégustation” sur la page occidentale : salade verte et coquilles Saint-Jacques (Dieu sait d’où elles viennent) servies avec des morceaux d’avocat. C’est beaucoup trop épicé.

Je m’installe ensuite au salon où je prends mon café en lisant un livre fascinant consacré aux photographies prises dans les régions himalayennes (Tibet, Népal, Sikkim, Bhoutan) par un officier politique anglais, John Claude White, qui fut notamment le représentant officiel de la Reine Victoria au Sikkim au début du 20ème siècle. Les photos prises au Bhoutan entre 1905 et 1908 sont particulièrement fascinantes car White s’était pris d’amitié pour Ugyen Wanchuck, celui qui aller devenir le premier roi du Bhoutan, et à qui il remit les insignes de KCIE (Knight Commander of the Most Eminent Order of the Indian Empire) au nom de la Reine Victoria. Invité quelque temps après à l’intronisation du roi, White a photographié la cérémonie qui s’est tenue au dzong de Punakha, dont le toit avait été partiellement ouvert afin qu’il y ait assez de lumière pour les photos.

Une photo montre le dzong de Paro avec le pont que j’ai emprunté il y a quelques jours et, dans la distance, la tour de garde, le Ta Dzong. Une autre montre le dzong de Punakha avec un pont qui n’existe plus. Deux photos montrent la forteresse Drukgyel Dzong, ravagée par les flammes en 1951, dans toute sa splendeur d’origine. Nous en avons visité les ruines peu après mon arrivée à Paro et Kinley m’avait parlé de photographies publiées au début du 20ème siècle dans National Geographic : ce devaient être celles de White.

Le cadeau du jour est un petit livre contant les péripéties d’un chien à travers le Bhoutan.

22 mai 2007

Jour 11

Mardi 22 mai 2007
Thimphu

Après un petit-déjeuner un peu trop gras (le chef du “lodge” de Thimphu n’est vraiment pas le meilleur des quatre), nous nous mettons en route pour une journée assez riche. Il y a eu du troc de voitures entre les équipes et je prends place à bord d’un autre modèle de 4x4 Honda plus spacieux que celui auquel je m’étais habitué.

J111 Première étape : un monastère de 1620 accroché à un flanc de colline, réputé pour la qualité de son enseignement et pour les cellules d’isolement qui permettent aux moines en devenir de méditer à l’écart des perturbations du monde. Il faut s’isoler au moins trois ans, trois mois, trois semaines et trois jours avant d’être un “vrai” moine.

J112 Pour parvenir au monastère, on se rend au bout d’une route au nord de la vallée, on traverse un pont en bois particulièrement pittoresque et on attaque une montée qui prend une petite heure si, comme moi, on préfère y aller vraiment doucement.

J113Je transpire abondamment et dégouline comme une fontaine, mais je ne ressens aucun des signes de manque d’oxygène qui m’ont arrêté sur le chemin du Taktsang Goempa, alors que nous sommes à une altitude légèrement supérieure à celle de Paro. En chemin, nous voyons plusieurs chèvres “modèle spécial montagne” qui nous impressionnent par leur capacité à gambader sur des surfaces particulièrement pentues.

J114J115 Nous ne pouvons pas entrer dans le monastère lui-même car il y a une sorte d’examen en cours, mais la vue est superbe. La descente est très agréable. Nous retrouvons Chincho qui dort dans la voiture en nous attendant.

J117 Nous nous dirigeons ensuite vers un autre temple, plus proche de la ville et accessible en voiture, qui abrite une école de jeunes moines. C’est l’heure de la pause-déjeuner et il y a des moinillons un peu partout.

J116 Nous nous installons sur une sorte de promontoire qui domine les bâtiments pour y prendre notre pique-nique. La cloche retentit et les moinillons regagnent sagement leurs salles d’étude. Bientôt la rumeur des prières ânonnées nous entoure.

J118 Avant de repartir, Kinley me fait visiter le temple qui jouxte les bâtiments d’étude. C’est un très jeune apprenti-moine qui nous ouvre. Le rituel est toujours le même : Kinley commence par faire ses dévotions, place un billet sur l’autel en forme d’offrande… et ce n’est qu’à ce moment que le moine de service (en l’occurrence le petit gamin qui doit avoir six ans à tout casser) nous verse dans le creux de la main un peu d’eau bénite.

J119 Nous nous dirigeons ensuite vers un institut de formation dans lequel on enseigne treize des savoir-faire artisanaux traditionnels du pays, notamment la sculpture, la peinture, le tissage, etc. Nous allons de classe en classe pour regarder les étudiants à l’œuvre. On a même importé quelques disciplines supplémentaires, comme la fabrication de poupées, d’origine japonaise.

J1110 Puis nous allons visiter une sorte de musée d’arts et traditions populaires dans laquelle une ferme traditionnelle a été reconstituée. La visite guidée est obligatoire, donc Kinley s’efface devant la guide locale, qui nous conduit de pièce en pièce aux trois étages de la ferme afin de commenter le rôle des différentes pièces, les objets rassemblés, etc. La visite est très intéressante et me permet de reboucler sur pas mal de choses que Kinley m’a déjà expliquées.

J1111 Nous allons ensuite faire un tour à la Bibliothèque Nationale qui, outre un fonds d’ouvrages en anglais au rez-de-chaussée, rassemble surtout des livres de prière en quantité impressionnante. Une extension du bâtiment est en cours de construction à côté.

J1112 Notre dernière visite de la journée est consacrée à une fabrique de papier. Je suis fasciné. En quelques mètres, on voit très clairement la fabrication de la pâte à papier, puis la confection des feuilles à l’aide d’une sorte de matrice que l’on plonge dans la pâte, l’extraction du surplus d’eau dans une presse et, enfin, le séchage. Le résultat est du papier d’une qualité remarquable. Le passionné de papier qui sommeille en moi ne résiste pas : je m’achète quelques échantillons à la boutique qui jouxte l’atelier.

J1113 Avant de rentrer à l’hôtel, je demande à Kinley si nous pouvons nous promener un peu dans la ville elle-même. Chincho nous dépose à proximité de la place centrale, où trône une horloge… et où l’on repère une enseigne DHL à côté d’une enseigne Air France / KLM. Nous nous promenons dans l’artère principale et pénétrons dans quelques galeries marchandes. Il y a beaucoup d’hôtels ; d’autres sont en construction. C’est qu’on attend beaucoup de monde pour les festivités de l’année 2008.

J1114 L’ambiance est très différente de celle dont j’ai fait l’expérience aux autres étapes, et nous en discutons un peu avec Kinley. Les autorités du Bhoutan ont été remarquables, ces dernières années, pour faire progresser le pays tout en le maintenant en contact avec son passé et ses racines. Dans une ville comme Thimphu, on peut se demander si le mouvement de modernisation ne va pas un tout petit peu trop vite. Le fait qu’on y voie beaucoup moins le costume national qu’ailleurs est troublant s’agissant de la capitale (sans oublier malgré tout qu’il y a beaucoup d’Indiens à Thimphu — eux ne portent évidemment pas le costume national).

J1115 Nous retrouvons Chincho un peu plus loin, à proximité du cinéma local, on l’on projette le film Tears of Sadness, une production locale. Le pays produit en effet quelques films chaque année. Kinley regrette qu’il s’agisse majoritairement de films “romantiques”. Nous apercevons d’ailleurs une équipe de tournage dans la rue, mais Kinley me dit que c’est pour la télévision.

Nous revenons à l’hôtel, où je me délasse en attendant l’heure du dîner. Chat échaudé craint l’eau tiède, je dîne très légèrement. Je discute quelques instants avec le directeur de l’hôtel, que je n’avais pas encore rencontré, puis rentre me coucher assez tôt car nous avons décidé de partir pour Paro à 8h afin de profiter du premier créneau horaire d’ouverture de la route.

Je trouve sur mon lit quatre “fleurs de la générosité”, des fleurs séchées originaires du sud du pays qui peuvent être utilisées comme offrande dans un temple.

23 mai 2007

Jour 12

Mercredi 23 mai 2007
Thimphu – Paro

Petite journée consacrée essentiellement au retour sur Paro. Nous sommes convenus avec Kinley de nous mettre en route à 8h, de manière à profiter du premier créneau d’ouverture de la route entre Thimphu et Paro, qui est ensuite fermée entre 9h30 et 12h30. Le voyage rappelle beaucoup l’aller : pittoresque et chahuté. Kinley est en verve : il raconte de nombreuses histoires, plaisanteries,… pour le plus grand plaisir de Chincho (qui parle rarement anglais, mais qui le comprend parfaitement).

J121 Comme nous arrivons sur Paro peu après 10h, nous faisons quelques détours avant de rejoindre l’hôtel. Nous commençons par visiter un temple du 7ème siècle, l’un des plus anciens du pays. Une prière est en cours, mais nous entrons quand même pour jeter un coup d’œil à l’autel.

J122 Puis nous nous lançons dans une grande promenade à travers les champs, sous un soleil de plomb. Kinley me fait remarquer que la grande taille des fermes atteste de la relative prospérité des paysans du coin. Les champs sont nettement agencés, avec des dénivelés permettant d’organiser l’irrigation. On voit aussi bien des charrues traditionnelles tirées par des bœufs que des engins électriques récents. Kinley me raconte qu’un immigré japonais a beaucoup fait progresser l’utilisation de machines électriques. Nous voyons des pommiers, des champs de poivrons/piments, des rizières…

J123 Sauf dans le sud du pays, ce sont les filles qui héritent. Les fils n’ont plus qu’à se chercher une jeune-fille correctement dotée. Je trouve cela curieux dans un pays qui a toujours été gouverné par des hommes… même si, de toute évidence, les femmes ne se contentent pas de jouer des rôles de second plan.

J124 Nous nous dirigeons finalement vers l’hôtel, où je retrouve ma chambre n°2 comme au début de mon voyage. Je déjeune au restaurant, puis passe l’après-midi à me prélasser. Dans la bibliothèque de l’hôtel, je découvre un petit livre de Joanna Lumley relatant un voyage qu’elle a fait au Bhoutan il y a une dizaine d’années sur les traces de son grand-père, le Lieutenant-Colonel J. L. R. Weir. Ce dernier, officier politique anglais au Sikkim, avait en effet effectué un grand voyage au Bhoutan en 1931 afin de remettre les insignes de KCIE au deuxième roi du Bhoutan. Exactement comme John Claude White, dont j’admirais les photos il y a deux jours, l’avait fait vingt-cinq ans plus tôt avec le premier roi.

J’ai réservé un créneau au spa à 16h30 pour me faire masser. Mon masseur, pourtant du style poids plume, ne donne pas dans la dentelle. Je serre un peu les dents par moments, mais je ressors euphorisé et avec l’impression d’avoir grandi de deux ou trois centimètres.

J’avance dans la lecture de la biographie du danseur, chorégraphe et metteur en scène Gower Champion, créateur notamment des comédies musicales Bye, Bye, Birdie, Carnival et Hello, Dolly!

Le dîner (salade de haricots verts et gnocchis) me confirme que la cuisine est de bien meilleure qualité ici à Paro. Je me fais remettre de l’argent liquide par l’hôtel de manière à pouvoir laisser de petites enveloppes à Kinley et à Chincho lors de mon départ. Difficile de décider du montant : ils m’auront supporté et accompagné au total pendant dix jours.

Pas de cadeau sur mon lit ce soir : ça commence à sentir la fin. J’avais laissé un sac de linge sale sur mon lit vers 18h. Lorsque je reviens à 22h30, tout est déjà lavé, repassé et plié. Ça, c’est du service.

24 mai 2007

Jour 13

Jeudi 24 mai 2007
Paro

J131_2 Kinley et moi avons définitivement écarté l’idée de retenter le “Nid du Tigre”… mais nous nous lançons dans une randonnée menant à un temple/école bouddhiste situé à environ 2800 mètres, en partant de la vallée, à 2300 mètres. Nous commençons par traverser les champs qui s’alignent à la base de la colline avant d’attaquer les choses sérieuses. Il fait très chaud, mais la montée est agréable, d’autant que le monastère est desservi par une route, que nous rejoignons au bout d’un moment pour la suivre jusqu’au sommet. Je n’ai pas trop de mal à trouver mon souffle. En fin de parcours, nous adoptons sans vraiment nous concerter un rythme assez soutenu car nous avons tous les deux maîtrisé notre respiration. Il nous faudra un peu plus de deux heures pour atteindre notre but… sans voir une seule voiture.

J133 La vue sur la vallée de Paro est superbe — encore plus belle que celle que l’on découvre depuis le “Nid du Tigre”, me dit Kinley, sans doute par gentillesse. On voit très bien l’aéroport, le dzong et les mosaïques formées par les champs dans la vallée. Malheureusement, mon appareil photo est en rade — je n’avais aucune idée que le fait de le laisser connecté à l’ordinateur toute la nuit avait vidé la batterie. Il n’y aura donc pas de témoignage visuel de notre ascension.

J132 Et c’est dommage, car le temple est magnifique. C’est l’un des endroits où les apprentis moines font leurs classes — neuf ans en tout… avant la méditation obligatoire de trois ans et trois mois ! Comme d’habitude, nous pénétrons dans le temple. Kinley fait ses prières puis me commente la décoration de l’autel et des murs. Il ne vient pas souvent dans ce temple et est très heureux de le redécouvrir.

Après une petite pause pour nous reposer et nous hydrater, nous attaquons la descente. Nous nous permettons quelques raccourcis, mais le percement de la route a créé pas mal de passages un peu délicats à négocier dans les sentiers. Il est évident que Kinley est beaucoup plus habile que moi dans les passages à pic, mais je suis vaillamment et parviens à ne tomber sur mon postérieur qu’une fois en tout.

Comme il fait toujours très chaud, Kinley se confectionne une sorte de chapeau avec des branches de saule. Nous retraversons les champs et retrouvons Chincho, qui nous attend patiemment. La descente aura duré environ 90 minutes. Notre promenade aura duré plus de quatre heures en tout. Kinley pense que nous avons parcouru une bonne quinzaine de kilomètres — il en est le premier surpris.

Nous nous rendons ensuite sur un terrain gazonné où nous prenons notre pique-nique avant de nous adonner à l’activité de l’après-midi : le tir à l’arc. Il aurait été dommage de quitter le Bhoutan sans avoir testé le sport national. Chincho et Kinley placent des cibles d’une vingtaine de centimètres de large à une vingtaine de mètres l’une de l’autre, un peu comme lors de notre partie de fléchettes.

Nous utilisons des arcs “traditionnels” faits de deux morceaux de bois solidarisés entre eux, sur lesquels on tend une vulgaire ficelle. Je me fais expliquer la technique et nous démarrons pour trois heures de jeu. Je ne vois pas le temps passer et je m’amuse beaucoup, d’autant que mes comparses prennent un plaisir évident au jeu. Pour se déstabiliser, ils crient le surnom de celui qui tire : “Garuda” pour Kinley et “Tongfu” (ou quelque chose du genre) pour Chincho.

Je suis beaucoup moins ridicule qu’aux fléchettes et parvient même à mettre l’une de mes flèches dans la cible. C'est que, contrairement aux fléchettes, on a quand même un peu l’impression de viser. Évidemment, quand ils jouent sérieusement, ce n’est pas à 20 mais à 120 mètres que les Bhoutanais placent les cibles ! C’est Chincho qui remporte toutes les parties, comme il l’avait fait aux fléchettes.

L’un des risques du jeu est que l’on se racle facilement la peau du bras gauche au moment où l’on relâche la corde. Kinley finit par me proposer une protection, qu’il me noue autour du bras. Idéalement, il faudrait aussi se protéger les doigts qui servent à tirer la corde, mais mes amis n’ont pas le matériel. Un morceau de peau de mon index droit en fera les frais.

Des enfants qui reviennent de l’école se sont arrêtés pour nous regarder… avec une curiosité assez palpable. Lorsque nous remballons, Kinley et Chincho les mettent à contribution. Je cherche désespérément ce que je pourrais leur donner. Je donne mon unique stylo-bille à l’un d’eux et pense in extremis aux biscuits que l’on me fournit tous les jours pour le pique-nique et auxquels je n’ai pas touché. Ils ont l’air enchanté.

Nous reprenons finalement la voiture, transformée en volière à mouches, pour rentrer une dernière fois à l’hôtel. Il semble qu’après neuf jours de protection efficace contre le soleil de la montagne, j’aie fini par perdre mon combat, le dernier jour. Il faut dire que j’ai beaucoup transpiré lors de notre promenade du matin, et l’écran total, que je réapplique pourtant régulièrement en quantité généreuse, a dû en pâtir. Trois heures et dix-huit applications de crèmes hydratantes diverses plus tard, j’ai l’impression d’avoir réussi à limiter les dégâts.

Je me remets des péripéties de la journée en poursuivant ma lecture. L’hôtel est assez plein, aujourd’hui. Au dîner, je retrouve deux Américains du Connecticut qui ont “fait” le Nid du Tigre : ils sont épuisés mais heureux. Nous prenons le même vol pour Delhi demain. Curieusement, mon billet dit que le vol est à 10h30 et Kinley a fixé le départ de l’hôtel à 8h30… alors que leur billet dit que le vol est à 11h et leur guide a fixé leur départ à 9h30. Dans l’incertitude, je préfère être dans ma situation plutôt que dans la leur. Je leur promets de ne pas laisser décoller l’avion s’il ne sont pas à bord. Bien qu’ils rentrent ensuite directement aux États-Unis, ils passent la nuit à Delhi… dans le même hôtel que moi.

Pour le dîner, après moult hésitations, je commande le “steak-frites”, qui se révèle absolument succulent. La viande, australienne, est incroyablement tendre. Les frites ne sont pas frites mais simplement cuites à la poêle, dirait-on.

Le moment est malheureusement venu de préparer mes bagages et de régler mes extras. Mon dernier cadeau attend sur mon lit : ce sont huit petits objets semblables à de minuscules boîtes et dont les couvercles représentent huit symboles du bouddhisme.

25 mai 2007

Jour 14

Vendredi 25 mai 2007
Paro – Delhi

Je suis prêt à l’heure dite, et Kinley et Chincho me conduisent à l’aéroport comme prévu. Tout va très vite, mais je suis triste de les quitter après ces dix jours très réussis. Je leur remets à chacun un petit mot de remerciements avec quelques billets. À l’aéroport, il faut passer tous ses bagages aux rayons X avant de passer à l’enregistrement (pas un ordinateur en vue, tout est manuel) et à l’immigration. Je me rends au salon de la Royal Executive Class de Druk Air afin d’y patienter jusqu’à l’embarquement.

J141 Le vol est bien prévu à 10h30. Les Américains arrivent à temps, d’autant que l’embarquement est légèrement retardé. On me demande d’identifier mes bagages avant de monter dans l’avion. Vol sans histoire, avec une escale à Katmandou.

Nous atterrissons à l’aéroport Indira Gandhi de Delhi. Il faut mettre les montres à l’heure : l’Inde a l’idée curieuse d’avoir un décalage de 30 minutes par rapport au Bhoutan et au Bangladesh, ce qui la met à 3h30 avant la France. Je passe l’immigration sans histoire et j’attends mes bagages en compagnie des Américains, qui se sont rendu compte dans l’avion qu’ils ont réservé une chambre d’hôtel à Delhi pour quelques heures puisque c’est le soir-même qu’ils repartent pour les États-Unis, via Paris. Il est trop tard pour l’annuler, donc ils décident d’en profiter quand même.

Quant à moi, je retrouve le représentant de mon agence à la sortie, comme prévu. Une voiture bien climatisée nous attend… et c’est tant mieux, car il fait environ 44 degrés. Le trajet entre l’aéroport et l’hôtel est pour le moins dépaysant. Le Bhoutan semble déjà bien loin. La circulation à Delhi est intense, et il semble plus normal de rouler à cheval sur les lignes au sol qu’entre elles. Les taxis à trois roues se faufilent dans tous les sens et passent leur temps à faire des embardées.

J142 Nous arrivons à l’hôtel Imperial qui, comme l’Oriental de Bangkok, a des accents coloniaux. Le monsieur barbu qui m’ouvre la porte de la voiture me salue en faisant ce qui ressemble beaucoup à un pied de nez. Le représentant de l’agence s’occupe de mon check-in pendant que je patiente tranquillement dans un fauteuil, les bras chargés des cadeaux qu’il m’a remis : un livre, un chapeau, un sac… On m’installe dans une petite suite magnifique au mobilier tendance art déco, qui semble avoir été refaite récemment. Il y a d’ailleurs des travaux dans un couloir pas très loin.

Je suis assez cafardeux. Le Bhoutan me manque : pendant dix jours, je suis allé d’émerveillement en émerveillement dans ce beau pays et j’ai été vraiment touché par la gentillesse et la simplicité de tous ceux que j’ai croisés. Alors le dépaysement est sans doute un peu trop rapide à absorber. Comme il fait très chaud et que je fête mes retrouvailles avec l’Internet haut débit, je décide de passer l’après-midi dans ma chambre.

Seul problème : la climatisation est tellement forte que je me gèle. Ce n’est qu’en mettant les thermostats sur 25 degrés et en passant l’interrupteur de “froid” à “chaud” que j’arriverai à obtenir une température supportable… en portant un sweat shirt. Voilà qui rentabilise le transport d’un vêtement que j’avais pris surtout au cas où les nuits bhoutanaises seraient fraîches !

Vers 20h30, je descends dîner au restaurant indien de l’hôtel, le Daniel’s Tavern, où quelques musiciens créent l’ambiance idoine. Je me régale de crevettes gigantesques, grosses comme mes mains, et d’un plat de lentilles. Le serveur a suggéré de prendre du yaourt en accompagnement ; j’ai dit oui sans réfléchir, mais ça se révèle être une excellente suggestion pour tempérer le caractère un peu trop épicé à mon goût… même si le maître d’hôtel me dit trouver le mélange surprenant.

Il semble que mon combat contre le coup de soleil ne soit pas totalement perdu. J’ai la peau du front parcheminée, mais pas de traces de pelade pour l’instant.

26 mai 2007

Jour 15

Samedi 26 mai 2007
Delhi

Mon guide, Piyushi, m’appelle dans ma chambre vers 8h45 pour me dire qu’il est arrivé. J’ai pris mon petit-déjeuner dans ma chambre pour gagner du temps, d’autant que je me suis couché assez tard pour essayer de lire un peu les messages empilés dans mon agrégateur.

Heureusement, il fait un peu moins chaud : 40 degrés environ. Nous partons donc pour notre mini-tour de Delhi. Piyushi me propose de modifier légèrement l’itinéraire prévu, en éliminant notamment la visite du Fort, partiellement en travaux… d’autant que celui d’Agra, que je vais visiter, lui ressemble beaucoup. Nous démarrons à la mosquée Jama Masjid, construire par le cinquième empereur moghol, Shâh Jahân, en 1658. Le lieu est magnifique et peut accueillir jusqu’à 20 000 fidèles. Comme Piyushi m’a dissuadé de payer le droit de photographier, je n’ai pas de photo.

J151 Puis, Piyushi me propose une promenade en rickshaw dans les ruelles du vieux Delhi, qui n’ont pas beaucoup changé depuis le 17ème siècle. Bien que je ne me sente pas très à l’aise au début, l’expérience vaut le coup d’être vécue. Je ne sais pas très bien comment fait mon “chauffeur” pour se faufiler dans les ruelles surpeuplées et, un peu plus tard, dans le trafic d’une artère assez passante, mais il s’en sort comme un chef.

J152 Les zones que nous traversons sont assez pauvres ou décrépites. Je suis à peine surpris lorsque, vers la fin du trajet, nous sommes obligés de contourner un infirme amputé des deux jambes qui est tout bonnement allongé au milieu d’une ruelle.

Nous sommes obligés d’abandonner notre deuxième étape, le mémorial à la mémoire de Mahatma Gandhi, fermé  à titre exceptionnel parce qu’un ministre a prévu une visite.

J153 Notre étape suivante est le tombeau de Humâyûn, le deuxième empereur moghol (1530-1556). Nous sommes dans un quartier beaucoup plus calme, au milieu de grands espaces verts. Le bâtiment, octogonal, est d’une grâce infinie. Il est posé au centre d’un jardin organisé selon des motifs symétriques.

J154 Des panneaux d’exposition vers l’entrée permettent à Piyushi de me donner quelques explications sur la dynastie des six grands empereurs moghols qui ont régné sur l’Inde de 1526 à 1707, et qui lui ont notamment légué nombre de superbes monuments. Leurs descendants, des rois de moindre importance, ont continué à régner jusqu’en 1857, date à laquelle les Britanniques ont détrôné et exilé le dernier d’entre eux.

J155 Après le passage obligé par le magasin d’artisanat local, qui me permet surtout de me rafraîchir et de me retartiner copieusement de crème solaire, nous partons en direction d’un autre chef d’œuvre architectural de Delhi, le Qutub Minar, un immense minaret de 72 mètres de haut construit en plusieurs étapes à partir de la fin du 12ème siècle, au moment de la fondation du sultanat de Delhi.

J156 D’autres monuments l’entourent, notamment Quwwat-ul-Islam, la première mosquée construite en Inde… sur les ruines d’un temple hindou, ce qui conduit à de drôles de mélanges. On a placé également sur le site un immense pilier en fer datant du 5ème siècle… et dont la longévité (il est à peine rouillé) semble une grosse source d’étonnement.

J157 Nous continuons notre périple en passant à proximité des palais du président, du gouvernement et de l’assemblée.

J158 Nous nous arrêtons enfin devant l'India Gate, un arc de triomphe haut de 42 mètres érigé notamment à la mémoire des 90 000 Indiens morts sous l’uniforme britannique pendant la première guerre mondiale.

Il n’est que le début de l’après-midi, mais je ne suis pas fâché que nous ayons terminé car, outre qu’il fait chaud, j’ai l’impression d’en avoir déjà beaucoup vu. Et puis mon cœur est toujours un peu au Bhoutan. Comme la veille, je décide de passer l’après-midi dans ma chambre… d’autant que d’épais nuages gris commencent à apparaître et qu’il ne tarde pas à pleuvoir.

Je pensais ne pas déjeuner, mais la faim se fait sentir et je commande un peu au service d’étage. Pour dîner, je décide d’essayer le restaurant italien de l’hôtel, San Gimignano, qui a des tables à l’extérieur dans une cour. Il y a un peu de vent ; la température est exquise. Gnocchi à la semoule ; pizza au jambon de parme ; glace vanille dans café glacé avec chantilly. Ce n’est pas ma journée diététique, mais c’est délicieux.

27 mai 2007

Jour 16

Dimanche 27 mai 2007
Delhi – Agra

Contrairement à la veille, je prends mon petit-déjeuner dans l’un des restaurants de l’hôtel Imperial, le 1911, dont les fresques murales sont impressionnantes.

Mon chauffeur m’attend à 10h comme convenu pour me conduire à Agra, à 200 km de Delhi. Il faut quatre heures environ. C’est la sortie de Delhi qui est le passage le plus délicat… et encore, la circulation est plus calme que d’habitude parce que nous sommes dimanche. La route entre Delhi et Agra est en très bon état. Le plus souvent, il y a deux fois deux voies… ce qui permet de rouler correctement au milieu des taxis, tracteurs, charrettes tirées par des dromadaires et autres camions… en faisant attention aux véhicules qui viennent occasionnellement à contre-sens. Il y a beaucoup de panneaux demandant de s’arrêter pour se soumettre à des contrôles de police, mais nous les franchissons tous sans ralentir. En entrant dans l’état d’Uttar Pradesh, il faut se garer pour aller payer je ne sais quel droit de passage.

J161 Un peu avant d’arriver à Agra, nous nous arrêtons à Sikandra, où se trouve le mausolée du troisième empereur moghol, Akbar, terminé en 1613. J’y retrouve mon guide local, qui se fait appeler “A.K.” parce que son nom est trop compliqué. Le tombeau est un bâtiment imposant, commencé par Akbar mais dont l’essentiel de la construction a été réalisé par son fils Jahângîr, réputé pour avoir beaucoup moins de goût en matière de construction. En effet, le résultat n’est pas aussi harmonieux que le tombeau d’Humâyûn, construit par Akbar.

J162 L’intérieur est assez richement décoré. A.K. m’explique que toutes les surfaces dorées ont été pillées. À certains endroits, l’or manquant a été remplacé par de la peinture jaune pour que l’on puisse se faire une idée.

J163 Nous reprenons la route pour rejoindre Agra et l’hôtel Oberoi Amarvilās, dont toutes les chambres jouissent d’une vue sur le Taj Mahal. Je suis accueilli par un représentant de l’agence de voyage, ainsi que par un représentant de la direction de l’hôtel. Un réceptionniste me conduit dans ma chambre, où il effectue le check-in. La vue sur le Taj Mahal m’hypnotise.

Quelques instants plus tard, comme convenu, je retrouve mon guide pour la visite d’Agra.

J164 Notre première étape est le fort rouge, immense enceinte fortifiée dont un quart seulement est ouvert au public, le reste étant propriété de l’armée indienne. Les constructions sont de diverses époques, mais les plus remarquables sont les bâtiments de marbre blanc, qui sont presque tous l’œuvre de Shah Jahân, le cinquième empereur moghol et celui qui, incontestablement, a légué les plus beaux trésors architecturaux.

J165 Shah Jahân n’aura pas le temps de terminer toutes les constructions entreprises car son fils Aurangzeb l’emprisonnera de 1658 jusqu’à sa mort en 1666. On remarque notamment la salle des audiences publiques, dans laquelle Shah Jahân rendait la justice assis sur un trône en or massif incrusté de pierres précieuses, dont le célèbre diamant Koh-i-Noor, qui figure aujourd’hui dans la couronne de feue la Reine Mère d’Angleterre.

J166 Un autre bâtiment en marbre blanc, le Khass Mahal, est construit au bord du fleuve. Il est entouré par deux petits pavillons destinés aux deux filles de Shah Jahân.

J167 Notre prochaine étape est, bien sûr, le Taj Mahal lui-même. Il y a deux entrées, à l’est et à l’ouest. Celle de l’est est moins fréquentée et est desservie par un chariot de golf qui fait la navette depuis l’hôtel. C’est donc par ce moyen que nous nous y rendons.

J168 Difficile de décrire la sensation qui étreint le visiteur qui franchit pour la première fois le seuil de l’entrée monumentale. Le bâtiment fascine immédiatement par sa beauté époustouflante et son harmonie infinie. Shah Jahân mettra 22 ans, de 1631 à 1653, pour construire ce mausolée de marbre blanc pour son épouse favorite, Mumtaz Mahal. Tout n’y est qu’élégance et sérénité, même s’il y a beaucoup de visiteurs en cette fin d’après-midi.

J169 Le plus simple est de se promener en se laissant porter. On pénètre dans le bâtiment pour voir les faux tombeaux (les vrais sont enterrés) de Mumtaz Mahal, parfaitement dans l’axe du bâtiment et de Shah Jahân, sur le côté. Le tombeau de Shah Jahân est le seul élément qui rompe avec la symétrie omniprésente des lieux. C’est qu’il n’avait apparemment pas l’intention d’être enterré là. Il aurait même eu le projet de construire pour lui-même une réplique du bâtiment en marbre noir sur l’autre rive de la rivière Yamuna… mais il semble que cette histoire relève de la légende.

J1610 Le soleil se cache derrière les nuages et une sorte de petite tempête nous surprend alors que nous sortons du bâtiment. Du sable vole un peu partout ; la lumière change à chaque instant. Le bâtiment lui-même semble se modifier avec la lumière.

J1611 Après une bonne heure et demi de déambulations autour du bâtiment (et une quantité déraisonnable de photos), nous revenons à l’hôtel. Je me régale d’un délicieux dîner indien au restaurant de l’hôtel : chou-fleur tandoori farci aux petits légumes et morilles farcies aux raisins et au fromage. C’est épicé, mais je survis. Je finis sur un énorme tiramisu.

Mon combat contre le coup de soleil se termine en semi-défaite : mon front pèle un peu… mais les dégâts sont limités. Ce soir, il faut se coucher tôt, car la journée commencera tôt le lendemain.

28 mai 2007

Jour 17

Lundi 28 mai 2007
Agra – Delhi

J171 Je me lève à 5h puisque, ce matin, nous retournons visiter le Taj Mahal “au lever du soleil”. L’expression est un peu exagérée car, en cette saison, le soleil se lève un bon quart d’heure avant l’ouverture du monument au public, à 6h. Je retrouve mon guide “AK” et le petit chariot de golf de l’hôtel pour rejoindre la porte est. Il y a quelques autres touristes, occidentaux pour la plupart, qui attendent l’ouverture des portes.

J172 À l’heure dite, nous pénétrons dans l’enceinte du Taj Mahal. Curieusement, la porte ouest n’est pas encore ouverte ; nous n’avons du coup que très peu de concurrence… et nous sommes quasiment les premiers à entrer dans le jardin du monument lui-même. Même si l’effet “soleil levant” est perdu, le plaisir d’être seul devant le Taj Mahal est, lui, assez indescriptible.

J173 C’est le moment idéal pour faire l’une de ces fameuses photos dans lesquelles on voit le mausolée se refléter dans les canaux qui parcourent le jardin. Ma présence a l’air d’agacer une autre visiteuse, américaine me semble-t-il, qui a piqué un sprint pour entrer et qui a l’air de penser que je fais exprès d’être là où elle veut faire ses photos. Tant pis pour elle ; son mari a l’air de la trouver un peu maniaque (il a raison).

J174 AK me dit de prendre mon temps pour me promener et m’indique le point où il m’attendra. Il me conseille de ne pas trop m’approcher des singes, car ils peuvent être agressifs. Comme la veille, il me remet des poches en tissu pour recouvrir mes chaussures, de sorte que je n’aie pas à me déchausser à l’entrée du tombeau. “Certains viennent ici avec des chaussures un peu anciennes et repartent avec des chaussures toutes neuves,” me dit-il. J’avoue que l’idée de laisser mes chaussures à l’entrée de la mosquée de Delhi m’avait un peu rendu nerveux, d’autant que la plupart des autres visiteurs prenaient leurs chaussures à la main. Mais j’avais compris à la fin de la visite que mon guide, Piyushi, avait chargé l’un des vendeurs de les surveiller moyennant une petite obole.

J175 Je passe une bonne heure à me promener autour du bâtiment. À l’intérieur, c’est saisissant : la double coupole qui couronne le bâtiment (pour des raisons thermiques) est à l’origine d’un effet d’écho que les visiteurs se plaisent à expérimenter. Mais lorsqu’il n’y a personne, c’est toute une atmosphère étonnante qui naît des courants d’air qui traversent la pièce. Je reste un moment, fasciné par autant de richesse sonore.

J177 Je m’intéresse un peu plus que la veille aux deux constructions parfaitement symétriques qui entourent le mausolée : à gauche, une mosquée ; à droite, un bâtiment sans usage, construit uniquement pour garantir la symétrie. La porte par laquelle on pénètre dans le jardin du Taj Mahal est elle-même remarquablement majestueuse.

J176 De loin, je suis un singe apparemment en mauvais termes avec un oiseau qui semble prendre plaisir à lui rendre la vie impossible. Petit à petit, les visiteurs arrivent en nombre plus important. J’en ai plein les yeux… et plein l’appareil photo. Je dis à AK que nous pouvons partir.

De retour à l’hôtel, je reprends une douche (même à 7h du matin, la chaleur me fait transpirer) et je vais prendre mon petit-déjeuner, assis face au magnifique jardin. Un employé sillonne le jardin en agitant un grand drapeau rouge. Lorsqu’il passe à proximité, je vois qu’un oiseau barré d’un trait est représenté sur le drapeau : il s’agit donc de l’employé chargé de faire fuir les oiseaux. À la table d’à côté, deux dames d’un certain âge sont en train de mettre la patience des serveurs à rude épreuve : “je veux de l’eau fraîche, mais mon amie veut de l’eau à température ambiante” ; “avec deux verres pour moi et un pour elle” ; “non, ne versez pas le lait, laissez-moi le pot” ; “mais pourquoi n’y a-t-il pas de raisins secs dans mon pudding ?” ; “ça fait au moins sept minutes que j’ai commandé et rien n’est arrivé” ; “non, pas en jus, le melon” ; “finalement, je préfère du thé” (alors que le café vient d’arriver, bien sûr), etc. Il y a des cas où le meurtre de vieille dame par strangulation violente devrait être toléré.

Puis je retourne dans ma chambre pour y passer calmement le reste de la matinée, assis face au Taj Mahal, pour rattraper mon retard d’e-mail et publier les dernières pages de mon journal de voyage.

À 14h, comme prévu, je rejoins mon chauffeur pour le retour vers Delhi. J’ai pris soin de mettre un polo à manches longues, histoire de ne pas me geler autant qu’à aller — la voiture n’est pas climatisée, elle est réfrigérée. Je suis sûr que nous pourrions transporter une cargaison de yaourts sans rompre la chaîne du froid. Le trajet est sans surprise ; je m’assoupis un peu par moments. L’arrivée dans Delhi est plus mouvementée, et j’ai droit à une démonstration assez saisissante de conduite en environnement instable de la part de mon chauffeur. Aux Jeux Olympiques, ça s’appellerait du slalom routier entre obstacles mouvants : on se trouve rarement plus de cinq secondes dans la même file ; la capacité à se faufiler à peu près n’importe où est déterminante… et il faut exercer une vigilance particulièrement soutenue pour ne pas subir les fréquentes embardées latérales des autres véhicules. Autre caractéristique : c’est de la conduite au Klaxon.

Mon chauffeur me demande l’autorisation de faire un petit détour pour accomplir une course personnelle. Je lui dis oui, bien sûr… ce qui va me permettre de traverser un quartier de Delhi que je n’aurais certainement pas vu autrement. Un peu comme dans les vieilles rues du Delhi ancien, les maisons ont l’air à moitié construites… ou à moitié démolies, au choix. Sauf que ce quartier n’a pas l’air ancien du tout. Chaque “immeuble” est à une distance différente de la chaussée. Il y a une jungle d’enseignes un peu partout, de préférence bancales. Et, surtout, l’enchevêtrement incroyable des fils électriques (et téléphoniques ?) fait que toute circulation d’électrons semble relever du miracle. Tout comme la circulation automobile, d’ailleurs, compte tenu du joyeux capharnaüm qui anime la rue. On dirait un peu Beyrouth après les bombardements.

Vers 18h30, nous finissons par arriver à l’hôtel Hyatt, où il est prévu que je “tue le temps” pendant trois heures en attendant de rejoindre l’aéroport, puisque mon vol de retour décolle après minuit. L’hôtel est un gigantesque bloc de béton. Bien qu’il fasse encore très chaud, je suis tellement frigorifié que je m’installe au bord de la piscine pour déguster un café. Je suis un peu trop couvert, mais j’en suis au point, inhabituel pour moi, où “un peu trop chaud” est bien plus agréable que “un peu trop frais”. Un employé se promène avec une machine qui répand de gros nuages de fumée. Je ne sais pas très bien à quoi ça sert, mais j’en prends plein la figure. Le serveur me propose de m’apporter le “check” et non le “bill”, ce qui prouve que nous sommes dans une enclave de culture américaine malgré le passé britannique du pays.

Un type m’aborde : c’est un Australien qui vit à Londres et travaille comme “Production Manager” dans le milieu du théâtre. J’ai vu plusieurs des spectacles sur lesquels il a travaillé. Il me dit qu’il passe souvent ses week-ends à Paris. Je lui dis que je passe souvent les miens à Londres. Je lui donne ma carte.

Je vais ensuite dîner au “Café” de l’hôtel. C’est un grand buffet, avec beaucoup de choix : je me régale.

Je retrouve enfin un représentant de mon agence dans le hall de l’hôtel pour mon transfert vers l’aéroport. Une fois dans l’aérogare, il va directement au début de la longue file de voyageurs qui attendent pour passer leurs bagages enregistrés aux rayons X. Les employés se précipitent pour le servir. J’imagine que c’est parce qu’il porte la chemise bleue et la cravate jaune qu’ont tous les employés de l’agence. Enregistrement sans histoire ; je vais patienter dans ce qui sert de salon à Air France — encore un endroit trop climatisé. Vers 23h, des hôtesses viennent “privatiser” une partie du salon en mettant des panonceaux “réservé British Airways”. Pas de chance : j’y suis ; j’y reste. Elles ne cherchent d’ailleurs pas à me chasser.

29 mai 2007

Jour 18

Mardi 29 mai 2007
Delhi – Paris

Le vol AF 147 décolle de Delhi un peu après une heure du matin, avec un très léger retard. J’ai indiqué à l’hôtesse que ne souhaitais ni dîner ni petit-déjeuner. Quelques minutes après le décollage, je m’allonge et m’endors comme une masse. Je me réveille un peu avant 5h heure de Paris, soit 7h plus tard environ, alors que les préparatifs pour l’atterrissage sont en cours.

Arrivée de rêve presque trop belle pour être vraie : nous atterrissons en avance sur l’horaire, vers 5h40 ; nous ne roulons que deux ou trois minutes avant de parvenir à notre point de stationnement ; la passerelle est mise en place presque immédiatement ; c’est le bazar à l’immigration (même à Delhi, les files d’attente de l’immigration sont mieux organisées qu’à Charles de Gaulle), mais je repère une file vide qui me permet de passer rapidement ; je n’attends que cinq minutes à la livraison des bagages que mes valises n’apparaissent ; il y a des taxis qui attendent devant le terminal 2A ; la circulation est fluide ; je suis chez moi vers 6h45.

Je serai largement à l’heure à ma réunion de 10h.

C’est fini.