Mardi 15 mai 2007
Bangkok – Paro
Comme je l’ai demandé, le téléphone sonne à 2h30 du matin pour me réveiller ; on m’apporte un jus d’orange et un café à 3h ; et je descends à la réception vers 3h20 pour procéder au check-out. Dans le hall, surprise : les employés portent tous des masques à gaz ! Chat m’expliquera cinq minutes plus tard que c’est parce que l’on est en train de désinsectiser. Je retrouve une dernière fois mes compagnons, qui me conduisent à l’aéroport, où un représentant de Aman Resorts, “Monsieur Derek”, m’attend avec mon billet d’avion et la confirmation de mon visa. Il s’occupe lui-même de l’enregistrement pendant que j’échange quelques derniers mots avec Chat, qui me donne des conseils sur les destinations que j’ai en tête pour l’année prochaine.
Le Bhoutan n’est desservi que par la compagnie nationale, Druk Air, dont les trois ou quatre appareils assurent des liaisons régulières avec Bangkok et avec Delhi. Mon vol, KB 123 (KB comme Kingdom of Bhutan, bien sûr — j’ai mis un moment à trouver), décolle de Bangkok à 5h50 (quelle idée…) et met environ 5h30 à relier Paro, site du seul aéroport international du royaume, après deux stops à Dhaka (la capitale du Bangladesh) et à Gaya (en Inde). Avec le décalage horaire d’une heure, cela fait arriver vers 10h20.
Comme je suis un peu en avance à l’aéroport, on m’invite à utiliser le Sky Lounge, un salon qui sert notamment à Air France et qui est d’ailleurs aménagé avec du mobilier et de la vaisselle de la compagnie française. Je m’installe à l’un des ordinateurs, commence à taper l’adresse permettant d’accéder à la messagerie de mon entreprise depuis l’extérieur… et ai la surprise de voir le navigateur compléter tout seul : l’un de mes collègues français est donc déjà passé par cet aéroport pourtant tout récent, et il a utilisé ce même ordinateur !
À bord de l’Airbus A319 de Druk Air, je retrouve l’équipement habituel d’une compagnie internationale. J’ai déjà vu les fauteuils de la classe affaires quelque part ; je pense que c’était sur Thaï Airways. Le service est attentif et efficace. Je prends le petit-déjeuner mais refuse la collation qui est servie entre Gaya et Paro. Un groupe de moines bouddhistes qui ont embarqué à Bangkok (le chef voyage en classe affaires ; les autres, à l’arrière) quittent l’appareil à Gaya. Nous sommes en tout quatre passagers pour vingt fauteuils en classe affaire.
L’arrivée au Bhoutan est pittoresque en diable. Nous apercevons plusieurs sommets enneigés avant d’atterrir. L’aérogare, construit dans le style traditionnel du pays, donne tout de suite le ton. Je suis le premier à descendre. La dame de l’immigration me tamponne mon visa dans mon passeport, et je récupère mes valises assez rapidement. À la sortie, un jeune homme m’attend avec une pancarte “Amankora”. Il s’appelle Kinley et sera mon guide jusqu’à mon départ. Il est accompagné de notre chauffeur, Chincho.
Amankora est le nom de l’implantation de la chaîne Aman Resorts au Bhoutan. Ce n’est pas un hôtel unique, mais un réseau de quatre “lodges” (deux autres sont en construction) entre lesquelles les clients peuvent faire des circuits.
Il n’y a qu’une trentaine d’années que le Bhoutan s’est ouvert au tourisme étranger. Le quatrième roi du Bhoutan, qui vient de passer la main à son fils en décembre 2006, a été une force motrice de l’ouverture indispensable du Bhoutan au reste du monde, mais il a réussi à conserver un bon équilibre afin que l’identité nationale reste forte et ne soit pas trop diluée par les apports étrangers.
Le Bhoutan a connu une histoire mouvementée et a été unifié au début du 20ème siècle par le premier roi, aïeul du roi actuel. “Penlop” (gouverneur) de la région de Tongsa au centre du Bhoutan, il se fit reconnaître roi du pays par l’ensemble des autorités religieuses et civiles en 1907 et mit en place un régime de monarchie héréditaire absolue. Le quatrième roi a mis progressivement en place tous les ingrédients pour transformer le royaume en une monarchie constitutionnelle parlementaire.
Kinley et Chincho portent le costume traditionnel, comme la plupart de leurs compatriotes — c’est obligatoire pour pénétrer dans les édifices officiels, et c’est devenu une habitude dans la vie quotidienne. Pour les hommes, il s’agit d’une sorte de tunique, le gho, qui s’arrête juste au-dessus des genoux et dont les manches repliées aux extrémités font apparaître de larges bandes blanches ; elle est généralement complétée par des chaussures et de très hautes chaussettes. Ça a beaucoup d’allure. Les femmes portent une robe qui leur arrive aux chevilles.
Le trajet de l’aéroport au premier de mes quatre points de chute, Amankora Paro, confirme le total dépaysement auquel je m’attendais. À peine avons-nous quitté l’aéroport que je demande à Chincho de s’arrêter pour que je puisse photographier le “dzong” de Paro, la forteresse locale.
La bande goudronnée est étroite et ne permet pas de se croiser sans déborder sur le bas-côté. Il faut fréquemment slalomer pour éviter chevaux, vaches, chiens et autres créatures diverses. Les maisons sont toutes construites dans le style traditionnel du pays, même les plus récentes, avec de magnifiques façades décorées. Un rez-de-chaussée pour le bétail (ou, dans les villes, pour les boutiques) ; un premier étage d’habitation ; et une zone ouverte sous le toit qui sert à entreposer diverses choses et à faire sécher la viande et le grain.
L’hôtel est un peu en-dehors de la ville, au milieu d’une pinède. L’architecture est superbe. Je suis accueilli par le directeur, un Canadien me semble-t-il. Le personnel me remet serviettes humides, boisson d’accueil (un thé au lait typique) et une écharpe locale en cadeau de bienvenue. La construction de l’hôtel a été assez complexe, mais le résultat est somptueux. Toutes sortes d’essences de bois partout ; un salon installé derrière d’immenses baies vitrées qui ouvrent une vue superbe sur la vallée avec, au fond, un sommet enneigé.
Ma chambre, la n°2, est magnifique : très haute de plafond, elle est couverte de panneaux de bois. Au milieu de la gigantesque salle de bains trône une baignoire placée face à une très grande fenêtre donnant sur la nature environnante.
Je retrouve Kinley et Chincho vers 14h pour une première petite visite. Nous commençons par le village de Paro, que nous avons déjà traversé en venant de l’aéroport, et où je veux prendre des photos. Nous visitons quelques boutiques, visiblement bien approvisionnées. Kinley m’explique que la plupart de la marchandise vient d’Inde, un pays avec qui le Bhoutan entretient des relations plus que cordiales. 90% de la population du Bhoutan vit en autosubsistance de l’agriculture. On voit donc des champs partout, en particulier de riz rouge. Kinley m’assure que les paysans sont prospères et qu’ils peuvent donc acheter ce dont ils ont besoin dans les boutiques.
La quantité de chiens est hallucinante. Ils sont d’un calme olympien et semblent passer le plus clair de leur temps à dormir. On voit aussi beaucoup de marijuana, qui sert essentiellement à nourrir les cochons.
Nous allons ensuite visiter les ruines d’une forteresse, le Drukgyel Dzong, bâtie en 1649 pour célébrer une victoire sur les armées tibétaines et malheureusement détruite par un incendie en 1951. Comme toutes les ruines, c’est fort pittoresque… et le point de vue sur les paysages environnants est imprenable.
Retour à l’hôtel, où je prends un bain en regardant la végétation… puis je me rends au spa pour un traitement intitulé Reiki qui n’est pas un massage mais une action sur les chakras. J’en sors étonnamment serein. Il est l’heure de dîner. Le restaurant propose un menu indien en six plats, qui est délicieux.
En rentrant dans ma chambre, je trouve sur mon lit un livre historique sur le Bhoutan. Je tombe de sommeil et m’endors comme une masse.
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