Tokyo – Hakone
Après un dernier petit-déjeuner au restaurant Fiorentina, au rez-de-chaussée de l’hôtel, nous retrouvons Noriko pour commencer notre périple vers Hakone, une zone montagneuse magnifique classée parc naturel qui s’organise autour d’un lac volcanique et qui, lorsque le temps le permet (environ 30% du temps, nous dit Noriko), est un point de vue idéal pour admirer le Mont Fuji dans toute sa majesté.
Malheureusement, les dieux ne sont pas avec nous, et le temps est gris et pluvieux. Nous passerons notre journée à nous entendre dire que, de tel endroit, “on voit bien le Mont Fuji par temps clair”.
Premier arrêt à Odawara, dont la spécialité est la fabrication d’une préparation à base de poisson que Noriko décrit comme des fish cakes, même si cela ne ressemble guère à un gâteau. L’une des usines a aménagé un espace pédagogique qui dit tout de la fabrication de ces fish cakes, et l’on peut observer des ouvriers à l’œuvre à travers une immense paroi de verre.
D’Odawara, on s’engage sur les routes montagneuses en direction de Hakone. Nous visitons le checkpoint installé par le shogun au 17ème siècle afin de contrôler strictement les mouvements entre Kyoto (qui était alors la capitale) et Tokyo (qui s’appelait alors Edo), notamment les mouvements des familles de ses seigneurs, obligées d‘habiter Edo afin d’éviter tout complot. Une exposition très pédagogique y est installée.
Nous prenons ensuite un catamaran pour une petite croisière sur le lac Ashi, qui aurait pu être magnifique si le soleil avait été au rendez-vous. Nous apprenons qu’une partie de la région et de ses infrastructures appartient à la famille propriétaire du grand magasin Seibu, où nous avons fait des emplettes à Shibuya.
Nous débarquons à Kojiri et renonçons à une ballade en téléphérique compte tenu du temps. Nous nous dirigeons vers la région d’Owakudani, d’où s’échappe beaucoup de vapeur : ce sont des sources d’eau bouillante, qui témoignent de l’activité volcanique souterraine qui reste intense à proximité du Mont Fuji. L’eau sort chargée de soufre ; l’odeur n’est donc pas très agréable.
Nous déjeunons ensuite dans un restaurant de Hakone, où nous nous régalons de petits poissons panés.
Il est temps de rejoindre notre hôtel pour ce soir, Gora Kadan, l’un des “ryokans” (auberge traditionnelle japonaise) de Hakone, membre du réseau Relais et Châteaux. Gora Kadan, comme plusieurs autres établissements de la région, est installé sur une source chaude d’origine volcanique, ce qui lui permet de proposer un ”onsen”, ou bain chaud. C’est là que nous laissons définitivement Noriko, dont les services s’achèvent à la porte de l’hôtel. Nous la regretterons.
Gora Kadan est un magnifique hôtel traditionnel japonais construit à flanc de montagne. Le niveau par lequel on accède à l’hôtel constitue d’ailleurs en réalité son dernier étage. Il faut descendre pour accéder aux chambres. On nous conduit à notre chambre traditionnelle japonaise, meublée selon la coutume : tatami au sol, murs largement dépouillés, futons, panneaux coulissants. Notre chambre bénéficie en outre d’un petit jardin équipé de son bain chaud privé.
Masayo, la responsable des Guest Relations, nous explique les coutumes des lieux. On met à notre disposition des kimonos que nous pouvons porter pour nous déplacer dans l’hôtel. Elle nous explique comment le porter : côté gauche sur côté droit impérativement, car l’inverse ne se fait que sur les morts... et en nouant la ceinture sur le côté ou derrière. Elle nous dit en substance : “vous pouvez faire le nœud devant si vous voulez, mais vous aurez l’air ridicule”. Elle nous laisse entre les mains de Miki (みき), qui prendra soin de nous et nous servira nos repas jusqu’à notre départ.
Rendez-vous est pris à 19h pour le dîner qui, dans un “ryokan”, fait partie de la prestation. Il est normalement servi dans la chambre, mais on nous explique que, pour nous éviter de rester presque deux heures les jambes croisées, on nous servira le dîner dans un salon privé dans lequel il y a un trou sous la table, ce qui permet de s’y asseoir à l’occidentale.
Nous essayons tout de suite notre bain chaud privé extérieur. Il pleut encore, mais il est protégé par un auvent. L’eau est chaude, très chaude, et nous ressentons des impressions de brûlure sur certaines parties du corps, mais le sentiment de confort s’installe très vite et nous prenons plaisir à l’expérience.
Nous décidons d’aller ensuite profiter de la piscine, que nous avons une fois de plus pour nous seuls. Elle est intérieure, mais donne sur un impressionnant jardin. Malheureusement, le jacuzzi, qui se trouve, lui, à l’extérieur, est hors service.
Nous tentons alors la grande aventure en allant prendre le bain chaud “public” de l’hôtel. Le protocole est très strict, et il faut consciencieusement se laver et se rincer avec d’entrer, nu, dans le bain chaud. “Seul un corps nu, parfaitement propre et sans trace de savon ou de shampooing, peut entrer dans un onsen”, nous a-t-on expliqué. Il y a deux bassins : l’un à l’intérieur et l’autre à l’extérieur, pavé de gros galets, en pleine nature. L’expérience est assez inoubliable. Il y a très peu d’autres baigneurs.
Le temps de nous remettre et il est l’heure du dîner. On nous escorte donc vers notre salon privé, où nous découvrons un long, très long menu. En réalité, les portions sont très petites, et nous arrivons au dessert sans problème. Le repas est généralement excellent, avec toutes sortes de choses goûteuses et magnifiques à regarder. La présentation semble aussi importante que le goût. Du coup, le plaisir des yeux est constant. Matsuo vient immortaliser le moment en prenant une photo, que l’on nous remet un peu plus tard encadrée.
De retour dans notre chambre, nous bénéficions d’un massage shiatsu de 40 minutes qui nous laisse dans un état de total bien-être. Nous faisons un dernier passage dans notre bain chaud privé, et il est temps de goûter au sommeil, dont nous devinons qu’il va être profond...