Opéra de Nuremberg • 2.6.12 à 19h30
L’Affaire Makropoulos. Leoš Janáček (1926). Livret : Karel Čapek, d’après sa pièce.
Direction musicale : Philipp Pointner. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Mardi Byers (Emilia Marty), Michael Putsch (Albert Gregor), Martin Nyvall (Vítek), Judita Nagyová (Krista), Kurt Schober (Jaroslav Prus), Martin Platz (Janek), Gustáv Belácek (Dr. Kolenatý), Taehyun Jun (Ein Theatermachinist), Joanna Limanska-Pajak (Eine Aufräumefrau), Richard Kindley (Hauk-Šendorf).
J’avais été très contrarié de ne pas réussir à voir la création de cette nouvelle mise en scène de Robert Carsen la saison dernière à Strasbourg. Après une Kát’a Kabanová sublime, Carsen poursuit son exploration des œuvres de Janáček avec une mise en scène exquise et virtuose.
Carsen est dans son élément avec cette histoire dont le personnage central, comme Tosca, est une chanteuse adulée. Car personne ne joue comme Carsen avec la représentation scénique du lieu théâtral, qu’il adore montrer sous tous les angles. C’est d’ailleurs pendant la sublime ouverture — l’une des plus belles ouvertures du répertoire — que Carsen produit sa plus belle création, montrant Elina Makropulos avaler la potion préparée par son père, puis endossant les nombreux costumes de ses avatars successifs, à la façon d’une diva qui enchaîne les rôles et dont les entrées sur scène sont comme une drogue devenue indispensable.
Malgré quelques transpositions, Carsen reste comme toujours très fidèle au livret. C’est Emilia elle-même, et non Krista, qui détruit la formule de l’elixir de jouvence dans la dernière scène, dans un geste qui préfigure sa mort imminente au moment où elle s’apprête une dernière fois à entrer en scène. Une image poignante et inspirée, comme toutes les images finales de Carsen.
L’expérience musicale est proprement époustouflante. L’orchestre de l’Opéra de Nuremberg est magnifiquement emmené par Philipp Pointner. Depuis le deuxième rang, je suis particulièrement bien placé pour apprécier une prestation superbe — les clarinettistes, en particulier, sont à tomber. Věc Makropulos est l’une des partitions d’opéra — avec les Wagner — que j’aimerais pouvoir écouter de temps en temps sans les voix.
Verdict un peu plus mitigé sur scène, avec des chanteurs issus majoritairement de la troupe du Staatstheater de Nuremberg. Certains ont un peu de mal à passer la fosse. Mardi Byers s’implique beaucoup dans le rôle principal, et sa prestation est assez convaincante… si ce n’est qu’on a un peu de mal à trouver crédible que tous les hommes tombent à ses pieds compte tenu d’un physique pas tout à fait irrésistible.
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